Little caterpillar's diary
Homme, écoute ! Le fruit est fait pour qu’on le cueille.
Qu’importe si la branche ou l’épine ou la feuille
Le dérobent parfois à ton geste obstiné…
Tends la main et retiens ce fruit prédestiné…
Prends, par ses cheveux d’or, quelque étoile bavarde
Et demande-lui donc ce que son œil regarde
Dans la limpidité de l’azur entr’ouvert ?
Aurait-elle surpris l’étrange rayon vert
Insaisissable effet des prismatiques ondes ?
Verrait-elle, soudain, s’allumer sur les mondes
Les échanges féconds des grands reflux vitaux
A lourd renfort d’enclume et de coups de marteaux ?
- L’orage embrase-t-il le feu de ses prunelles
De l’ardeur des éclairs aux foudres criminelles ?
- Non ! Ce qu’elle contemple en les cieux éblouis,
En ouvrant ses yeux d’or, larges, épanouis,
- C’est Lui !!! C’est la Lueur hypnotique et farouche
Dont le front radiant et la magique bouche,
Clament, aux quatre vents : Justice, Vérité !
Grandeur ! Amour ! Bonté ! Puissance ! Eternité ! …
Fais une strophe avec les brises éternelles,
Arrache aux séraphins la blancheur de leurs ailes,
Ravis à l’arc-en-ciel son prisme irradié,
Prends la pourpre au couchant, vermeil, incendié
Par le feu d’un soleil d’été rouge, de flamme !
Prends les roses à l’Aube, et les clartés à l’âme,
La blondeur aux rayons, l’azur au firmament,
La splendeur aux frissons de l’émerveillement,
Tu ne peindras pas Dieu ! Il est l’être impossible,
Imprévu, formidable et doux, inadmissible,
Inconcevable et bon, innommable, idéal,
Caresse dans l’amour et soutien dans le mal,
Car le rayon splendide et le firmament sombre
Se baisent tendrement sur les lèvres de l’ombre…
- Homme, tu ne sais rien…. Et ton obscurité
S’augmente, à chaque pas de ta témérité.
Sur ce chaos étroit, pour un moment ta lice,
Tu te débats en vain accordant ton délice
Aux apparents effets de périssables dons.
C’est la Loi !!! « Les remords, les luttes, les pardons,
L’écoeurement profond des faiblesses humaines
Dans le lent processus des ans ou des semaines
Et ce, jusqu’à l’envol vers le hâvre apaisant
Où se réveille un jour tout être agonisant. »
J’ai connu comme toi l’adversité qui brise
Les désirs éperdus, la victoire qui grise
Comme un vin généreux vous dilate le cœur.
J’ai subi les revers, le sarcasme moqueur,
Dissimulé parfois les larmes qui ravagent
L’âme, les yeux, le front : lourd sanglots qui soulagent
Où douloureusement vous brûlent à jamais…
- Homme, j’ai tout souffert ! Il n’est rien désormais
De ce qui te broiera, pantelant, sur la claie
Dont je puisse ignorer la blessure ou la plaie…
Aussi lorsque je sens ton cœur se déchirer,
Quand ton esprit lassé s’apprête à délirer,
A maudire, à douter, à lancer son blasphème,
Furtivement, je viens tel un fantôme blême,
Rallumer la lueur prête à s’évanouir…
- Laisse-moi te guider ! Laisse-moi t’éblouir
De cet amour ardent dont la noble envolée
Voudrait, en ton cachot glisser sa flamme ailée.
Laisse-moi t’apporter le magnifique espoir
Car, vois-tu, rien n’est faux, rien n’est vil, rien n’est noir,
L’apparence est trompeuse et cache le prodige…
- Le mal n’est qu’un moyen évolutif, te dis-je
L’homme est un Dieu naissant que chaque jour grandit.
- Frère ! Relève-toi ! Ton âme resplendit
Sur le soir attentif, étincelant et rose,
Car, de tous les sanglots, Dieu fait l’apothéose.
Traces de vous...