Les arbres se parlaient tout bas …

Un énorme chêne, là-bas,

Chef de l’église forestière

Officiait je ne sais quoi

Et devant l’éternel «  Pourquoi ? »

Je retrouvais ma peine entière…

 

Lorsque, plus tard, las de souffrir,

Brisé de lutter, de gémir,

J’ai voulu terminer ma course,

J’ai cherché, dans le coin d’un bois,

Pour calmer mon être aux abois,

L’onde apaisante d’une source…

 

J’ai bu longuement cette eau pure et fraîche

Qui baignait les épais taillis ;

Comme un frêle esquif, une feuille sèche

Fuyait par les bois recueillis…

-  Ainsi poursuit sa marche vive et folle

Tout ce qui vibre sous les cieux !

-  Vers quelle obscure ou belle farandole

S’en va l’esprit dès que l’âme s’envole ?

-  Voit-on dès qu’on ferme les yeux ?

 

 

Qui donc viendra, quand l’heure solennelle

S’appesantira sur nos fronts,

Nous arracher à la hideur charnelle ?

Qui lavera tous nos affronts ?

Les faux débris de l’humaine science

Ne nous laissent rien entrevoir…

Jésus prêchait l’amour et l’espérance

Mais il connut aussi la défaillance

En l’écroulement du pouvoir.

 

-  D’où jaillira la puissante étincelle

Au fond de l’angoissante nuit ?

Qui résoudra l’énigme universelle

Qui vaguement recule et fuit ?

-  Qui nous dira ce que le mot suprême

Cache d’horreur ou de beauté ?

Un Dieu lointain qui tendrement nous aime

Dans l’éternelle immensité ?

 

-  Renaîtrons-nous à quelque aube empourprée

Ruisselants de tous les soleils,

Ayant au front l’opale diaprée

De blasons royaux et vermeils ?

Retrouverons-nous, au fond de notre âme,

Le sentiment, le souvenir ?

Auront-ils pour nous la magique flamme

Qui berce le cœur et guide la rame

De ce paquebot : «  l’Avenir ? »

 

-  Où vivrons-nous ?  Dans d’étroites vallées ?

Dans des astres mystérieux ?

Connaîtrons-nous des îles désolées

Que baisent les vents furieux ?

Où courrons-nous ? Est-ce vers l’humble plage

Où vers l’écueil traître, méchant ?

Et saurons-nous, après le noir passage,

Où donc a lieu l’étrange atterrissage

De l’homme et du soleil couchant ?

 

L’eau roulait toujours, lente, nostalgique…

Le grand bois s’était endormi…

J’allais mourir, triste, mélancolique,

Solitaire, sans un ami…

Mais, tout à coup, j’ai vu dans la nuit sombre

Une étoile d’or s’allumer,

Son flamboiement étincelait dans l’ombre

Et ce regard versait à la pénombre

Le besoin de croire et d’aimer !

 

-  O pur rayon !  Messager magnanime !

M’apportes-tu l’espoir divin ?

Reflet vermeil de l’immuable cime

Que mes yeux implorent en vain,

Viens-tu guider ma démarche incertaine

Vers le hâvre apaisant et sûr ?

Pourquoi, grand Dieu, demeures-tu lointaine ?

Pourquoi ce feu, tragique suzeraine

Du firmament au front d’azur ?

 

Pourquoi « l’éclat » si la tombe sinistre

Se referme sur des cercueils ?

-  O le calcul de l’énorme registre

Qui totalise les écueils !

Pourquoi faut-il que les êtres chancellent

Ignorants de leur avenir,

Tandis qu’aux cieux les étoiles ruissellent ?

Doutes, espoirs, sans pitié nous harcèlent !

Veut-on nous sauver, nous punir ?

 

Je sens enfin le froid mortel m’étreindre

Je vais finir sans un regret ;

Le vieux flambeau doucement va s’éteindre

Et j’emporterai mon secret…

-  Je pars, je pars, mais dans mon agonie,

Un long bruit d’aile a frissonné…

J’ai vu soudain la «  Lueur infinie »

Baiser mon front qu’une aurore bénie

Timidement a couronné.

 

J’ai vu l’extase et goûté la Lumière…

-  O l’envol soudain de mon coeur

Retrouvant enfin sa grandeur première

Loin du trouble et de la rancœur !

Plus de frayeurs, d’entraves et de doutes

En l’émerveillement profond !

Le doigt divin écrit le nom des routes

Sur le fronton des invisibles voûtes

Qui soutiennent le bleu plafond !

 

Homme, votre père est le mien !

Son amour vibrant est le lien

Qui rive, à son front, tous les hommes.

Si le doute égare tes pas,

Du moins, à l’heure du trépas

Ne crains point les ombres fantômes…

 

Ce ne sera pas un démon

Qui t’appellera par ton nom

En frappant te dernière pierre…

Ce sera l’ami de toujours,

Celui qui veille sur les jours

Où ton âme se désespère…

 

La mort ? C’est l’union des cœurs,

C’est l’oubli complet des douleurs,

C’est la paix dans la multitude !

-  Homme ? En le terrestre chemin

Ne fléchis point…  L’auguste main

Te guide avec sollicitude !

 

 

 

 

Par Petite Flamme - Publié dans : POESIES DU CIEL - Communauté : Les Cultureux éclectiques - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
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  • : Petite Flamme était poète et ésotériste. La maladie l'emporta trop jeune mais elle nous laisse son journal et son autobiographie.
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