Voilà docteur, j'en suis là : leucémie aiguë myéloïde… et le pompom, je suis chimio-résistante, c'est pas beau tout ça ?

Les médecins (d'autres médecins, dans un autre service de hôpital) m'annoncèrent que je devrai avoir besoin d'une greffe de moëlle osseuse assez rapidement. En attendant, j'étais confinée en chambre stérile.

A partir de ce moment là, écrire dans mon journal, raconter ma vie m'a semblé si dérisoire, superflu que... côté mémoire du passé, c'est le vide sidéral.

Je n'avais plus aucune motivation, plus aucun ressort, pas envie...

Les médecins m'expliquèrent que j'étais abonnée à la dépression, mais quelque chose de bien, à peine libérée de l’hôpital, je faisais crises d'angoisses sur crise de titanie.

Pour Dan (qui est paraplégique) et qui vivait avec Natasha depuis mon accident, c'était un énorme problème, il avait beaucoup de mal à me venir en aide quand je tombais par terre.

Re-hospital... Ras le bol de l'hôpital, ras le bol de tout!

Je glissais de jour en jour vers un état que je n'avais pas connu, et pour cause, j'étais restée trois mois en état de catatonie, suite à mon bad trip, à cause d'une connerie épouvantable que j'avais faite...

Dan a totalement paniqué, il a passé outre sa promesse de ne pas appeler ma mère et je l'ai vue débarquer à l'hôpital avec le père de Al – mon psychiatre attitré –  qui avait dû être convoqué par sa Majesté Maman Très Chère. Elle pensait sûrement que sa fille hystérique avait inventé une leucémie sur un coup de cafard...

Ils ont négocié avec les médecins de l'hôpital, ils ont discuté, débattu, ma mère n'en démordait pas, elle voulait me rapatrier chez nous, elle en avait le droit, la légitimité, j'étais sa fille ( ma majorité elle en faisait quoi? )

Lassé, les médecins ont jeté l'éponge. On m'a collé dans une ambulance, direction le Centre Hospitalier d'O... qui m'a gardée de longues semaines en chambre stérile... 

Depuis mon accident Alan avait disparu du paysage.... ou bien il me croyait morte, qui sait ?... Je n'ai plus jamais entendu parler de lui depuis, IRL...(in real life)

Ces foutues années auront été très dures pour moi, mais je suis toujours là, à attendre la prochaine malédiction, où carrément la Camarde... cette vieille copine encapuchonnée qui viendra me voir pour m'ouvrir la cage de la Terre... je pourrai m'envoler, libre, heureuse.

Clostrage dans ma chambre, protégée par mes quatre murs violet-bleu nuit... je ne voulais plus mettre le nez dehors, je me faisais tous les matins ma promenade dans le jardin, ce qui me faisait prendre l'air et faire un peu d'exercice (oui, le parc est très, très grand).

Et, addiction oblige, entre deux séjours à l'hôpital, je revenais sur caramail dès que j'en avais le temps, le loisir...

J'y retrouvais Neo à qui je confiais une partie de mes soucis. Mon pseudo Angel était compromis,  je devais m'en trouver un autre, mais pas un rose, et pas un qui fasse blonditude...

Neo m'avait trouvé un pseudo vert génial: sombres.rats

Il m'allait comme un gant... Pour moi il exprimait ce que je pensais d'une partie de l'humanité en général à cette époque, ce que je pensais de Al en particulier... Les violeurs étaient pour moi tous de sombres rats... Et comme le stipulait mon A.S.V. (je vous hais), je les haïssais, en effet.

A cause de mes absences à répétition, des mois entiers, forcément; mon amitié avec Neo se prit une grosse claque, mais je ne lui en voulait pas, c'était prévisible qu'il m'en veuille de venir une fois tous les trente-six du mois. C'est sûr que, lorsque l'on va bien, on ne pense pas que l'autre puisse ne pas aller. On préfère se dire: pas de nouvelles, bonnes nouvelles.

J'ai toujours eu du mal avec les gens lorsqu'ils deviennent distants, je suis un véritable miroir, dès qu'une personne affiche telle ou telle attitude, tel ou tel sentiment, telle ou telle expression sur son visage, je lui renvois la même à la seconde près... J'ai toujours été ainsi.

Je préfère repartir dans mes souvenirs, tiens...

 

Quand j'étais pitchoune, à l'époque où cette Dame qui me faisait peur était venue m'emmener loin de chez Granny, à cette époque où l'on m'avait dit (par le plus grand des hasards) que ma Granny était partie en voyage – Oui, la mort est une grande croisière, c'est bien connu – bizarrement, aucun membre de ma nouvelle famille n'avait jugé judicieux, utile, honnête, de m'expliquer qu'elle était morte, partie au ciel rejoindre Grand-Pa Dordogne... Ils m'avaient laissée dans mes interrogations de petite fille effrayée, apeurée, timide et traumatisée par cette séparation.

J'avais cinq ans et demi, j'avais pris l'habitude, tous les soirs, "d'attendre" Daddy près de la grille (immense grille de fer forgé équipée d'un moteur). Je voyais la route qui faisait une grande boucle en descendant, et quand la grande voiture noire de Daddy prenait le virage, je la voyais de loin et je sautais par terre pour "ouvrir" la grille, juste à temps... comme ça, père n'avait pas à attendre que la grille s'entr'ouvre si lentement, il rentrait dans l'allée directement et roulait jusqu'au garage. J'étais fière de l'aider, de lui faire gagner du temps, lui qui en était toujours à court...

Tous les soirs, qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, qu'il fasse beau, j'y étais. Mon père sortait déja du garage alors que je terminais à peine de remonter la longue allée cimentée qui menait à la grille au garage, en courant sur mes petites jambes. Il passait une main rapidement dans mes cheveux ( si j'arrivais à sa hauteur à temps), me gratifiait d'un léger sourire et moi j'étais aux anges, ça me suffisait.

Un soir, sa main ne se posa pas dans mes cheveux. Il semblait perturbé, songeur... et il rentra sans me voir.

Puis il rentra directement sans attendre que j'aie remonté la grande allée. Je me sentais brimée, frustrée, sans connaître ces termes bien-sûr, ce n'étaient que des ressentis, un gros poids en moi, comme si j'étais un seau plein de cailloux... je me sentais mal, j'avais les larmes aux yeux...

Un soir, Daddy oublia de rentrer le soir...

Moi, la pauvre pomme blonde, je restais pendant des heures et des heures accrochée à la grille, à l'attendre, à guetter sa voiture dans le virage. Je me faisais gronder car j'étais à la grille alors que je devrais me trouver dans le bain...

Mais jamais il ne vint à l'esprit de mon père de me dire un mot à ce propos:

"Ne m'attends plus, petite."

Ou encore :

"J'espère que tu n'attends pas Daddy le soir, petite?"

Oui, il m'appelait ainsi, petite.. pas ma chérie ni mon poussin, ni mon ange, ni mon chaton, puce... juste petite... 

Mais moi, le cerveau mousline habillée de rose, la culpabilité brandie en drapeau; je me disais tous les soirs : et si je ne l'attends pas et qu'il rentre à l'heure ? Que va-t-il penser? Alors je continuais à l'attendre, accrochée à la grille, chaque soir.

Un jour, Nicky m'offrit sa montre et il me chuchota à l'oreille:

"Si Dad  n'est toujours pas rentré quand la petite aiguille est là, ça veut dire qu'il ne rentre pas... tu as compris? okay ? "

Mon cher Nicky, qui pensait toujours à me sortir des situations ridicules dans lesquelles je me fourrais !

Mais ce fut le Dragon qui vint m'ordonner de cesser mon manège ridicule, à la grille, chaque soir. Elle me disait que je réagissais comme le chien, aussi stupidement ! Combien de fois me suis-je demandé si j'étais pour quelque chose dans le retard de mon père ? Des milliers de fois ! Chaque fois qu'une chose déviait de sa "normalité", je pensais que j'avais fais quelque chose de mal, et je passais des mois à me poser des questions, à "analyser" la situation... Sans que jamais un adulte ne songe à m'expliquer les choses, les causes, les raisons...

 

Je me souviens de la première fois de ma vie que je suis sortie de la maison, je veux dire sans Nicky, ni Daddy, donc sans la voiture... c'était pour aller à la ville, mais pour moi, la ville c'était à des distances... incommensurables et j'ai eu ma premiere "crise d'angoisse"

On va voir le Révérend?

Tu verras bien.

On va chez Mrs Jacob?

Tu verras bien!

On va chez le dentiste ?

Non !

Chez le docteur ?

Chut !!

On va chez... 

Tais-toi Helena !!

Ma mère m'avait donc emmenée avec elle; enfin;  derrière elle parce qu'elle me trainait plus qu'elle me donnait la main...

Jamais le Dragon n'aurait ralenti son pas pour marcher au mien... Donc je trottais derrière elle, je tricotais de mes toutes petites jambes sans savoir du tout "OU" nous allions, et les idées les plus folles me traversaient la tete... Je me faisais des scénarios d'enfer!

Dans mon crâne d'enfant apeurée, ça bouillonnait d'appréhension!

Est-ce que j'ai été vilaine? Est-ce qu'elle allait m'abandonner ? Elle me le disait si souvent, qu'elle allait m'abandonner, me revendre, me perdre dans la ville, comme le Petit Poucet... Je n'avais pas eu le temps de prendre des cailloux, ni du pain... jamais je ne retrouverai le chemin de la maison, jamais je ne reverrai Nicky... Oh non ! je ne voulais pas...

Je ne veux pas, je ne veux pas !

Mes yeux débordaient de larmes et le Dragon horripilé, me demandait pourquoi je pleurnichais encore sans raison...

Quand nous sommes arrivées à la gare, ma peur augmenta d'un cran, car j'avais "déjà" peur d'être sur le bord du quai... c'etait un gouffre béant pour moi, un quai; moi qui souffre de vertige pour un rien, et ma mere se tenait juste au bord...

Moi j'avais le vertige et je me cramponnais à sa main, et je me reculais pas à pas, mais plus je reculais, plus le Dragon me tirait pour me "reposer" là où elle voulait et où moi je ne voulais pas aller.

Sur le bord du gouffre...

Les trains direct passaient dans un bruit d'enfer, certains klaxonnaient car nous étions trop près du bord, et ce bruit d'enfer me faisait trembler de peur, et je priais Dieu qu'elle ne me lâche pas – où qu'elle ne me pousse pas - quand un train arrivait... comme elle avait déjà fait à la maison, dans les escaliers...

Quand les trains passaient, des murs de vent nous faisaient vaciller et je perdais l'équilibre... un vrai cauchemar !

Après le train, ce furent les couloirs interminables du R.E.R, je me disais que jamais je ne saurais retrouver mon chemin, que je ne pouvais mémoriser tout le chemin. Panique à nouveau, j'avais du mal à respirer.

Mais le Dragon continuait et je me devais de suivre, de gré ou de force, traînée derrière elle. Ensuite ce fut le métro et sa foule et son odeur chaude et bizarre. Puis nous arrivâmes à la ville (Paris) mais je ne le savais pas. Les immeubles étaient immenses, hauts et imposants, les églises énormes et les voitures partout qui klaxonnaient, qui nous frôlaient quand le Dragon me faisait traverser la rue alors que le feu était au vert!!! Cette agitation me rendait folle de peur, je criais de peur quand il fallait traverser les places, quand les voitures me foncaient dessus, klaxonnaient dans les avenues immenses!

Je me sentais si petite ! Si perdue !

Mais je ne faisais qu'énerver le Dragon parce que ma main moite glissait dans la sienne alors je serrais sa robe dans ma menotte. (Je la chiffonnais!!)  Je n'avais qu'une seule idée en tête : "ne pas la lâcher"!

Ne pas la lâcher ! !

Il y avait tant de monde sur les trottoirs, tant de jambes et de chaussures, c'était affreux ce qu'il pouvait y avoir du monde ! Alors ma terreur, je crois, venait du fait que mon tyran de mère parlait souvent de me revendre... au premier couple qui voudrait de moi, parce que l'histoire du petit poucet me hantait et parce que je rêvais souvent que – chaque fois que je tournais la tête d'un côté – toutes les choses connues, les maisons, les "repères"  hors de mon champ de vision, disparaissaient remplacés par d'autres, et je ne reconnaissais plus rien... ce cauchemar se répétait très souvent dans ma petite enfance, ou encore je rêvais que j'avançais vers la maison, mais plus j'approchais, plus la maison reculait, s'éloignait toujours en perspective, et je ne parvenais jamais à la rejoindre, même quand j'avais marché des jours... C'était très perturbant ces rêves à répétition.

 

Perdue dans mes pensées oniriques, je m'aperçus que ma mère s'était arrêtée quand je me cognais dans ses jambes. Elle repartit et bien vite, je lui emboitais le pas, ma main empoignant sa robe de nouveau mais voila qu'elle agrippa ma menotte d'une main chaude et molle, qu'elle me dit d'une grosse voix que je ne connaissais pas du tout :

"Bah ! Mais qu'est-ce que tu fais là toi ?" 

Je levais les yeux et... Horreur ! on avait changé ma mère!  Mon cauchemar devenait réalité et ce n'était plus ma mère qui me tenait la main!!! Au secours!!

Je me souviens (encore aujourd'hui) que j'ai plaqué mes deux mains devant ma bouche, très fort, pour m'empêcher de hurler, comme je fais quand le Dragon me passe à la douche glacée. Mais ma peur fut la plus forte et je figeais tout le monde, sur le trottoir...

 

Mon hurlement de terreur avertit un certain Dragon que sa fille ne la suivait plus... Elle revint sur ses pas, se fraya un passage dans la foule qui m'entourait et me découvrit en sanglots, avec une grosse dame qui cherchait à me consoler avec les mots les plus consolateurs qu'elle connaissait...

Ma mère ne parut pas inquiète de m'avoir perdue, ni soulagée de m'avoir retrouvée car elle me secoua comme un prunier, me houspillant devant la foule muette de sa voix doucereusement outragée, me traitant de petite sotte désobeissante et d'angoisse, et tous les mots gentils qu'elle connaissait à mon encontre y passèrent.

Ce fut la grosse dame qui lui "suggéra" d'une voix de psycologue qu'il se puisse que j'aie "peur" dans la foule... chose courante chez les enfants de mon âge, paraît-il....

Vous croyez? fit maman très chère, qui semblait découvrir la grosse dame à regret.

Oui, comme toutes les gamines de cinq ans, j'avais mes frayeurs, mes terreurs, mes appréhensions, mes cauchemars, mais je n'en avais pas conscience, alors comment aurais-je pu les braver ?

Mais ma mère se moquait bien de prendre conscience de telles peurs infantiles...

La grosse dame a réagi très fort devant l'air arrogant du Dragon : et elle a élevé le ton.

Etait-ce une raison pour me gronder et me faire pleurer encore plus devant tout le monde ? Un monstre dans le placard était-il plus effrayant qu'une idée dans la tête d'une gamine de cinq ans ?

Nous sommes reparties, ma mère à son allure, maugréant contre l'outrecuidance de cette grosse dondon et moi cavalant et faisant le drapeau, derrière, mais plus jamais je n'ai laché sa robe, où son manteau, quitte à me faire gronder par la suite, car le tissu était complètement deformé...

 

Après mes angoisses et mes peurs... il fut un temps où j'ai éprouvé des non-peurs...

Je passerai sur certains détails sordides de ma relation : deux années avec Marco, dont une en enfer;  je dirai juste un mot sur mes réveils surprise chez lui, au petit jour...

Comme par exemple me retrouver avec un couteau sous la gorge, où encore un canon de fusil contre ma tempe, puis dans la bouche...

A cette époque là, la seule question qui me venait à l'esprit était:

"Bon alors il va tirer oui ou m... ?"

Je savais que j'allais mourir mais ça me faisait ni chaud ni froid. Mon manque de réaction le déstabilisait, il aurait peut-être préféré que je pleure, que je m'urine dessus, que je l'implore... Je n'en sais foutrement rien, du coup il retirait coutelas et canon de ma bouche, se contentait de ma balancer un bon coup de crosse sur la tempe, histoire de se soulager...

Est-ce ça qu'on nomme l'amour vache, docteur?

 

Bon, sans vouloir en parler, je dois quand même dire que j'ai repris du poil de la bête, j'ai retrouvé un peu de courage et de motivation, j'avais repris un peu confiance en moi, alors j'ai remis le nez dehors.

J'avais beau avoir pris du poids comme Al, puis l'avoir perdu, j'avais retrouvé une ligne de blondie... et de nouveau, les dragueurs m'emboitaient le pas, dès que je marchais dans la rue, même lorsque j'étais accompagnée de Kyle, où de Jo... Dès que je m'arrêtais pour entrer dans une boutique, un magasin, une librairie, un cinéma... un jolicoeur venait me souhaiter le bonjour...

De là ma décision de m’acheter une alliance. Les jolicoeurs, devant une alliance, reculent en général. J'en parlais à Neo, sur le net, il me félicita, c'était une très bonne idée que j'avais eue là...

Et là,  en zyeutant sur le salon Esotérisme; j’ai vu un pseudo qui m'a fait faire un bond dans le temps:

Miapmbf1.

Il n'y avait qu'une seule personne qui s'amusait à prendre ce genre de pseudo: Insanity Inside... Miapmbf1... (mine antipersonnelle modèle BF1)

De nouveau stressée, angoissée, j'ai dit à Neo qui c'était, Neo s'en est pris à lui aussitôt, directement, il l'a interpellé en plein salon, le traitant de lâche, de violeur, lui demandant de me foutre définitivement la paix ...
Moi, je paniquais de nouveau, je me balançais comme une barge devant mon pc, Neo lui disait qu'il n'était pas le bienvenu sur le salon et il a insisté pour qu'Al se casse de caramail....  Neo et lui s'envoyaient des vannes mortelles, Al parlait de moi comme si j’étais sa proprieté !

Ils s'engueulaient devant tout le salon médusé, Al disait qu'il tuerait quiconque aurait des vues sur moi !! ( ce type était totalement dingue !  il écrivait des phrases du genre : "Lena est à moi !"

Mais ?? Il avait voulu faire quoi sur l'autoroute, m'épargner?  De lire ça, j'en étais retournée. Ensuite Neo qui a le sens des valeurs, qui a du pif, et qui a eu une très bonne éducation, à dit à Alan de venir parler en privé avec lui et étrangement, Al a obtempéré sans chercher à jouer les gros durs. Quelques minutes après, il se déconnectait.

Neo voulait me raconter ce qu'ils s'étaient échangé comme propos mais j'étais trop choquée par la nouvelle: Al recommençait à me nuire, par internet interposé, mais il recommançait...

Viendrait le moment où il ferait de même IRL...

Je racontais à Neo ce qui s'était passé à Strasbourg, en avril 2003, et en contrepartie, Neo m'envoyait une capture d'écran (screening) d'un dial sur caramail, où Al disait à un quidam qu'il recherchait Vanilla2 pour la remercier de lui avoir localisé la personne qu'il cherchait. Et avant de partir il ajoutait:

"Vanilla2 hésite pas à mettre une vie en danger pour qu’on dise qu’elle est voyante... faut que je la remercie... J'aurais pu être un tueur..."


J'aurais pu être un tueur... Quelle chance pour moi n'est-ce pas ? Je n'en revenais pas du culot qu'il avait de dire qu'il avait fait en sorte de ne "pas" me tuer... alors que c'était son but, son unique but!!!

Dans le même temps mon ami Kyle m'apprenait qu'il avait eu des news de Al. Ce dernier lui avait confié qu'il devait partir en déplacement, assez loin, et pour assez longtemps...

Dieu merci ! Un peu de paix, j'en avais grand besoin...

Je suis restée en paix assez longtemps, en effet, mais c'était uniquement parce que Alan s'était crashé en voiture.

Mon elfe favori (Kyle) tenait absolument à me raconter qu'Al n'était que blessé, rien de gravissime, bien qu'il ait copieusement trinqué (je n'en avais rien à faire à vrai dire, il aurait pu mourir que ça m’aurait laissé de marbre, je n'éprouvais que de la haine pour mon pire ennemi).

La solitude ça n'existe pas 
Al devait savoir ce que c'était, désormais, que d'être seul...
Moi aussi j'étais de nouveau seule à en crever, j'avais besoin de me confier, j'avais besoin de parler, de sortir cette fange de ma tête, mon journal ne me suffisait plus... cet exutoire n'était pas assez extensible pour calmer mon stress, mes angoisses, ma folie...

Je recommençais à creuser des tranchées dans ma chambre, dans le mausolée, et à parler toute seule dans ma chambre. Ma mère en était venue à monter l'escalier en douce, passer une tête prudente dans ma chambre pour "voir" à qui je parlais ...

Ma pauvre maman très chère me croit folle et ce depuis très longtemps.

Mais à qui parler... ma bande de copains ?? Tu parles ! Ils se foutent totalement de mes problèmes psychiques. Pour eux aussi je suis Darkie... une nympho sympa qui drague les mecs dès qu'elle a un coup dans le nez....

Thierry était en ménage et il pouponnait... on ne le voyait plus.

Benedict avait été recruté par un chasseur de tête, et il était rentré en Grande Bretagne. Sa soeur Johanna se mettait en quatre pour mettre le grapin sur un vieux rentier friqué de 30 ans son ainé, on ne la voyait plus...

Kyle se remettait très mal de sa rupture avec Jerome, il etait aussi depressif que moi et n'attendait qu'une chose, que je le console, le réconforte ...bref ..  je n'avais personne à qui me confier.

Lueur avait des problèmes avec sa santé, Lumiere avait elle-même tant de problèmes que moi, à côté, c'était le paradis...

Dan redécouvrait la vie debout, et l'amour avec Natasha, on s'était perdu de vue et de coeur depuis qu’il m’avait trahie en téléphonant à ma mère, mais jamais je ne lui aurais avoué que c'était la meilleure chose qui aurait pu m'arriver. Maman très chère, si le coeur est inexistant, sait ouvrir son portefeuille pour la santé de sa fille.

Dieu merci...

Neo et sa copine devaient faire des heures de "nature et découverte" tous les deux... - logique -   j'en aurais fait autant si j'avais "pu" –  du coup il n'avait plus besoin de caramail ni de ses relations unidimentionnelles. Chaque fois que je venais sur le salon Esotérisme... il était en orange = occupé; du matin au soir, du soir à la nuit, des mois entiers...

Bref, il faisait exactement ce qu'il me reprochait d'avoir fait, chaque fois que je revenais lui dire coucou sur Eso après trois mois d'hôpital...

Alors pourquoi leur dire que j'allais pas bien ? Que j'étais malade depuis deux ans, que j'en pouvais plus de "mentir", que la solitude me rendait dingue ? Que j'avais l'impression que je devenais vraiment folle ? Que bientôt je ferais plaisir au docteur A. qui me croyait complètement schizophrène ?

– Les gens ne veulent pas savoir si tu vas mal, ils réduisent ton malheur à un fait mineur et s’en réjouiront, la plupart du temps, parce que tu n’as plus leur approbation, leur bénédiction, leur vote. Seuls les ragots désobligeants sur toi, les renseignements qu'ils pourront apprendre sur toi pour les retourner contre toi, les intérresseront, les petites crasses quotidiennes seuls les tiendront en haleine.

Cette diatribe désabusée n'est pas de moi, c'est le jugement très lucide de mon copain Kellyan vis à vis des gens sur caramail en avril 2004. Kellyan, un blondinet qui longtemps a cru qu'il était gay, un type super gentil et serviable, que j'avais rencontré sur Caramail, puis IRL. Nous sommes devenus amis. Kellyan et Kyle s'entendaient à merveille.

Mes deux K... spéciaux...  #_#

Kellyan n'a pas tort de toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde, et je suis restée loin de caramail, à m’enfermer dans ma solitude, Kellyan qui est un ange de compréhension, se déplaçait, venait me voir chaque fois que je l’appelais au secours au telephone, il me réconfortait, il m’apprenait à méditer. Enfin ! il essayait parce que j’y arrive toujours pas, mais, une fois à mes côtés, il passait son temps à me parler de son amie Amandine, de ses qualités, de sa spiritualité, de son charisme, de sa voix douce, de ses yeux, chaque soir...

Chaque soir...  J'ai fini par comprendre qu'il valait mieux que je cesse de l'appeler au secours... Il ne me réconfortait pas du tout, il ne m'était d'aucun secours. Je le lui ai dit, et de toute évidence, ça ne lui a pas fait trop plaisir...

Alors docteur ? je suis bonne ou mauvaise a enfermer?

Kellyan a quitté Paris en octobre, pour aller rejoindre son Amandine, qui travaillait déjà depuis un an, outre atlantique, il m'a envoyé un sms pour me dire qu'il me donnerait de ses nouvelles par l'intermédiaire de ma boite mail, ce qui est plus judicieux que par télephone. Et moins cher...

Mon pire ennemi: Al est revenu sur le salon Esotérisme sous le nickname de Kaeo, il est resté là très longtemps sans écrire un mot, mais je sais bien que les dialogues privés devaient fonctionner à plein régime. Il a raconté ses malheurs à qui voulait l'écouter. J'étais au courant, tôt où tard.
Il a sympatisé avec une fille sympa, une ch'ti: Karin, et vu qu'elle me connaissait, qu'elle connaissait déjà depuis longtemps ma version des fait, il est allé lui donné Sa version. Mais je n'ai pas à lui reprocher d'en arriver là, car j'en avait fait autant à une époque, sans aucune retenue de surcroit et – en ce moment même – je continue avec mon journal et avec vous, docteur.

Karin est une personne douce et de bon conseil, bien qu'elle-même ait souffert de manque d'affection, de manque d'amour, aussi bien paternel que de relation de couple. Bref, beaucoup d'habitués l'appréciaient sur le salon Esotérisme, elle a du se prendre d'amitié pour Al-Kaeo, ensuite elle s'est dit que jouer les médiateurs serait judicieux, charitable... que sais-je encore; et que ça aiderait peut-être les choses à s'eclaircir, à avancer...

C'était sympa et bien vu, et c'est grâce à son envie d'historienne en herbe, envie d'y voir plus clair que nous, englués que nous étions dans notre passé d'ennemis mortels, c'est grâce à sa patience stoïque envers moi (car je n'étais pas des plus aimables avec elle, j'étais bien trop suspicieuse, je me persuadais qu'elle avait un faible pour ce sumo d'Alan) que j'ai décidé qu'il était grand temps que je sache la vérité sur moi, sur Al : la vérité sur ce qu'il s'était réellement passé en 1995, entre Alan et moi...

Karin m'a raconté la version de Al, puisque ma version, merci, je la connaissais.
Aussitôt, je me suis sentie accusée de mensonge et naturellement, ça ne m'a pas plu.
Karin me rassurait, me disant que son unique but était de voir les différences dans les deux versions.
Okay, je peux comprendre.
Donc, Al disait, jurait qu'il ne m'avait jamais violée, mais que nous avions fait l'amour, et que c'était moi qui voulais...
Avec toute la meilleure volonté que je pouvais mettre, il m'était impossible de souscrire à cette version là...
Et Karin me demanda quelles preuves j'avais, quelles pièces à conviction j'avais, quelle intime conviction.
Je n'avais rien que ma honte lorsque Marco, lors de mon tout premier rapport sexuel, découvrit que je n'étais pas vierge.
"Tu étais vierge?"
"Oui, je le croyais! Je voulais me réserver pour l'homme que j'aurais aimé, tu comprends?"
Karin comprenait.
Puis Karin me dit qu'elle croyait Al. Que sa version, même si ce qu'il avait fait n'était pas très judicieux pour un garçon de 18 ans, sa version "sonnait" vrai.
Elle me rappela que, sur Esotérisme, tout le monde savait que je partais en chasse dès que j'avais bu un verre de trop... Tout le monde savait que j'étais prompte à envoyer ballader tout pseudo bleu qui me draguait, mais qu'en privé (dial) je n'avais que des bleus...
Karin me demanda si je n'avais pas, peut-être, sans le vouloir (je lui faisais peur, elle craignait toujours ma réaction explosive) lors de mon réveil après m'être droguée, eu des "envies" comme il arrive souvent aux gens qui "redescendent"... (ils aiment le monde entier, ils voient la vie en rose, ils trouvent tout beau, ils aiment leur prochain)...
Je ne saurais le dire, je ne m'en souvenais pas.
Et puis, une chose me revint en mémoire... Pire qu'un flash ! Une claque !
Avant d'avoir eu mon premier rapport sexuel avec Marco, j'étais tourmentée par ces rêves éveillés, ces images sensuelles qui m'obsédaient, la nuit.
Des images torrides de mains me caressant, de bouche cherchant la mienne, des images de copulation très "chaudes" et cela m'avait traumatisée parce que je m'étais demandé d'où venaient ces images ?
Comment une fille vierge pourrait-elle rêver de telles choses, ne connaissant strictement rien à la chose ? C'était absolument inimaginable, impensable ! 
La seule réponse qui m'avait semblait plausible, explicable, à l'époque des dits-rêves, c'était que mon frère Nicky et moi, nous avions fait des choses défendues, dégoûtantes, contre-nature... Mais je ne m'en souvenais pas plus que de cette soirée chez Jo...

Et Karin, après un temps de réflexion, me dit:
"Se pourrait-il que tu aies fait l'amour avec Al, ce fameux week-end dont tu n'as aucun souvenir, et que dans ton inconscient, cela se soit transformé en "inceste ?" à cause de l'anathème qui plane au dessus de toi depuis ton enfance ?
Ce fut la révélation, mais au lieu de me soulager, elle me crucifiait...
-- Si ce que tu dis est vrai, Karin, cela voudrait dire que...
J'avais posé mes deux mains sur ma bouche, du fond de moi montait un gémissement que je voulais étouffer.
Si Karin disait vrai, cela voudrait dire que j'avais accusé un innocent !!!!!
Cela voudrait dire que Alan était innocent, et que moi je l'avais déshonnoré en l'accusant de viol !!!
Karin comprit à mon silence que je n'allais pas bien du tout, je lui demandais de m'excuser, je me déconnectais et je me recroquevillais sur mon lit...
J'avais peur. Horriblement peur. Mais il fallait que je sache, je devais savoir. Me sentir coupable était mille fois pire que de m'être sentie victime.
Il n'y avait plus qu'un moyen de savoir: demain, c'était décidé, j'irai frapper chez mon psy...
Cette fois, il n'y avait plus d'échapattoire possible, je devais avoir le courage d'affronter mon passé, quitte à découvrir des choses que je regretterait tout le restant de ma vie.

Le passé n'est passé que lorsqu'on en a fini avec lui...

Par H.G - Publié dans : AUTOBIOGRAPHIE - Communauté : A CATERPILLAR BECOME BUTTERFLY - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
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  • : LITTLE CATERPILLAR
  • : L'autobiographie et le journal en rime d'une petite chenille tourmentée, devenue un joli papillon ayant deux ailes de flamme et une plume d'Ange...
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  • caterpillar

PROFIL

  • : Petite Flamme
  • caterpillar
  • : Ciel
  • : Petite Flamme était poète et ésotériste. La maladie l'emporta trop jeune mais elle nous laisse son journal et son autobiographie.

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Traces de vous...

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