Little caterpillar's diary
Je n'en pouvais plus que mon existence soit dominée par mes peurs et mes souffrances. Pas glop, pas glop... J'ai des angoisses, nous avons tous des angoisses, mais on ne doit pas s'avouer vaincu pour autant et se laisser écraser par nos peurs... la peur et la souffrance étaient peut-être des alliées, qui sait ? elles me rappellaient que j'étais vivante...
Vivante oui ... j'étais bien forcée de m'en apercevoir que j'étais toujours vivante ! A la mort de mon frère je m'étais retrouvée si terriblement vivante et si horriblement seule... vous ne pouvez pas imaginer; une solitude atroce qui vous renferme sur vous-même au point qu'on se parle dans le miroir et qu'on se fait les réponses à voix haute – au point que vous ignorez combien de temps a pu marquer à l'horloge tellement vous étiez "partie" dans vos pensées calcinées, au point que vous perdez la notion du temps, au point que j'ai cherché à noyer Lena de toutes les manières possibles et c'est là que j'ai goûté à l'alcool, avec modération puis avec moins de modération mais j'ai dû en parler déjà...
Dans notre grande famille mi-protestante-mennonite, mi-catholique, vous êtes censée être une gentille petite fille dans le but de devenir une gentille petite femme d'intérieur, bien dévouée, bien dressée, dans notre congrégation où la mentalité n'a rien a envier à celle des amish du 18e siècle: les femmes n'ont pas la même valeur que l'homme, les enfants n'ont pas droit de citer, l'homme est sacré, c'est lui qui procréé, qui travaille, la femme est tout juste bonne a tenir la maison et donner une descendance, masculine si possible, à son cher et tendre maître !... bref, comme ma mère et sa mère le furent et ma mère le fut toute sa vie, soumise, obéissante et docile. Elle aurait pû briser cette image qu'elle donnait d'elle mais elle n'a jamais voulu le faire. Car maman très chère, contrairement à ce que l'on aurait pu croire, était "très" lucide. Elle n'a rien fait pour briser cette routine lénifiante, elle ne voulait surtout pas que ça change parce que, malgré elle, (comme on l'avait bien conditionnée!!) : elle était en sécurité...
Un mari, même s'il ne vous supporte plus au bout de trois ans de mariage, reste un mari, c'est votre assurance-santé: son salaire rentre à la banque chaque mois, votre maison est votre assurance tout risque, vous y êtes à l'abri, c'est votre cocon. Vos enfants sont votre assurance-vie, vous savez que votre mari ne vous quittera pas, ne vous "licenciera pas" car sa religion interdit le divorce, sa bonne éducation fait qu'il vous gardera à ses côtés, en souriant aux invités, même s'il ne vous adresse pratiquement jamais la parole dans l'intimité...
Toute sa vie d'épouse, donc, ma mère a joué un rôle de maîtresse de maison, de parfaite ménagère, de mère modèle, combattant chaque difficulté avec le sourire, écrasant les problèmes avec une maîtrise et un sang-froid impeccables, prenant à bras le corps les coups du sort marital, les transformant en victoire devant ses très chers amis, ses très chers frères, cousins, oncles, tantes, ancêtres et n'oublions pas son très cher révérend Schaeffer et tous ses très chers ministres du culte...
Mais je ne suis pas comme ma mère, elle n'a pas réussi à me conditionner car je fuis à la moindre difficulté... c'est grave docteur ?
Al avait disparu du paysage en me jurant de se venger, on ne le voyait plus dans le quartier mais je savais qu'il n'était pas loin, par des rumeurs, par des bruits colportés par le vent et qui me revenaient aux oreilles...
Les "on dit", vous en avez peut-être entendu parler n'est-ce pas... un tout petit mot qui fait très mal...
Eh bien "on" disait qu'Alan noyait son dépit dans l'alcool et "on" ajoutait qu'il disait à tout le monde qu'il me pourrirait la vie de l'avoir accusé d'un viol sans la moindre preuve, juste parce que j'étais une psychotique rendue complètement parano par des médocs. Je n'étais qu'une sombre idiote et je lui avais prouvé que je ne méritais pas qu'il m'aime, que je ne méritais pas qu'il me respecte, donc, il avait le feu vert, il n'avait plus aucun scrupule à me faire du mal... et je m'en mordrais les doigts jusqu'à l'omoplate, si je m'en sortais vivante...
– C'est dingue ça, quand même, c'est lui qui m'a violée, et c'est lui qui me menace de mort ? J'ahurise total, là ! (ahuriser... bah oui, j'ai le droit d'inventer des mots nan ? c'est moi l'auteur!)
"Lena, Al veut te faire payer tes accusations non fondées, tu comprends ? Et il peut très bien penser ce qu'il dit, tu lui as ôté son honneur et sa dignité devant tout le monde, tu l'as accusé d'un crime alors que tu n'es même pas allée porter plainte." me racontait Lumière, sur caramail.
Je me renfrognais, blessée dans mon orgueil:
– Tu crois que je me trompe ? Tu crois que j'ai inventé tout ça?
"Non, Lena, je sais que tu ne mens pas, mais Alan, lui, il croit qu'il est innocent, donc, il pense que tu l'accuses à tort. Et vous avez tous les deux le même caractère vindicatif... Ca ne peut que mal se terminer. Alors sois prudente, reste sur tes gardes, surveille tes arrières"
Surveilles tes arrières, oui. Je comprenais fort bien les mises en garde de Lumière, oui, mais je faisais comme si tout ces "on dit" ne m'atteignaient pas, même si au fond de moi, j'étais mortifiée; se sentir calomniée alors qu'on est la victime, ça fout les boules... se savoir menacée de mort n'est pas rassurant non plus pour une fille comme moi qui flippe dans le moindre endroit un peu sombre... Qui ne voit rien au volant, dès que tombe la nuit...
Je passais mes journées à me chercher un job, mes nuits à flipper. Et entre ces deux occupations, je cherchais à éviter un certain Scorpion (le Schwarzenegger de maman très chère) qui était insupportable, il me reluquait du matin au soir, il me frôlait dès qu'il en avait l'occasion, il faisait des allusions tendancieuses, des phrases à double sens accompagnées de regards si éloquent que je le fixais d'un regard laser Darkie-inside, et je mettais mon doigt dans ma bouche, comme si j'allais vomir.
Il ne s'en offusquait pas le moins du monde mais s'arrangeait pour être seul avec moi lorsque cette très chère Marg s'absentait à l'église, au presbytère, chez le médecin, il était encore là lorsque je sortais de la salle d'eau, il était toujours là lorsque je descendais boire un verre de lait à la cuisine... comme par hasard ! Et le lendemain, maman très chère me faisait un sermon interminable de jalousie, parce que je me balladais en nuisette transparente, la nuit comme la dernière des garces, sachant qu'il y avait un homme qui habitait dans cette maison...
"Maman, arrête de faire l'autruche je te prie : "l'homme" qui habite dans cette maison, sache qu'il m'aurait déjà sautée depuis longtemps si j'étais une putain comme tu te plais à l'insinuer à longueur de journées... Il ne pense qu'au sexe, au cas où tu aurais les yeux aveuglés par tes sentiments à son égard. Alors s'il te plait, lâche-moi un peu avec tes prêches et surveille ton amant d'un peu plus près, parce qu'il a les pinces baladeuses et la queue vénimeuse, ton Scorpion...
Maman très chère était cramoisie, outrée, scandalisée par le langage que Darkie employait en s'adressant à elle... mais c'est Lena qui était une menteuse professionnelle, n'est-il pas ? (histrionique je suis), donc, ma mère mit cette tirade excédée sur le compte de mon hystérie et le scorpion continua à me harceler, me frôler, m'aguicher, affichant son sourire "la classe!" comme un Aldo Maccione...
Quelques bijoux de valeurs disparurent (comme par enchantement) et maman très chère, chaque fois, vint m'interroger ( lors d'un dîner où devant témoins) me demander de sa voix onctueuse; si je n'avais pas fait une petite excursion dans sa chambre pour lui emprunter telle paire de boucles d'oreilles en perles fines ou telle broche en saphirs.
Je la regardais droit dans les yeux, je lui souriais, et je lui rappelais que le seul monte en l'air à faire des excursions dans sa chambre s'appelait Scorpion...
Elle secouait lentement la tête, elle levait les yeux au plafond, jouant à merveille son rôle de mère habituée aux mensonges et aux frasques de sa fille, elle était formidable dans son rôle de femme épuisée qui supporte les accusations perpétuelles de son enfant ex-attardée mentale devenue cliente hystérique pour hôpital psychiatrique.
Maman très chère se laissait plaindre, elle adorait se faire consoler, cajoler, par ces grenouilles de bénitier en Chanel. Ah pardon, on dit diacres aujourd'hui? Scusez-mwa m'sieur dames...
"Ma pauvre Marg, quel calvaire ce doit être pour vous, chaque jour que Dieu fait..."
"Pourquoi ne lui trouvez-vous pas un studio en ville, qu'elle vous laisse vivre un peu?"
"Vous avez bien du courage de la supporter, moi, il y a longtemps que je l'aurais mise en institut..."
– Les gens "bien" devisent... balançais-je d'une voix cassante avant d'aller à la cuisine me faire du thé.
Un dimanche ensoleillé, maman très chère invita des tas de gens friqués, des costard-cravate grisonnants, qui avaient tous des situations hautement importantes, des banquiers, des hommes politiques, des hommes d'affaires, des représentants de l'église (oui, elle avait la cote, maman très chère avec les hommes en robe) des amateurs de boissons fortes, le bar se prenait toujours une claque phénoménale lors de ces réceptions.
Ce fut ce jour là que je fis la connaissance de François Xavier, le fils trader d'un très vieux banquier friqué, le doyen de la fête en quelque sorte, le très honorable Mr. F.B. de la R. Son fils était très mignon, très sexy, à peine six ans de plus que moi. J'ignorais que j'étais sa proie mais la petite chenille devenue papillon savait que dans ses rêves elle avait le sang chaud... Ce fut l'échange de regard complice, tout de suite entre nous...
C'est pas une bonne chose que d'avoir le sang chaud, c'est de la dépendance, c'est pas cool du tout de savoir qu'on ne résiste pas à ses pulsions... mais ça ne me quittait pas, quoique que j'essayais de faire pour "ne pas y penser"... Alors une fois que j'avais descendu une margarita... c'était même pas la peine d'essayer. Et comme j'en avais descendu deux... Darkie était de la party et la bourrique partait en chasse illico...
François-Xavier me mangeait du regard, et je ne voyais qu'une seule parade, monter dans ma chambre et m'y planquer le temps que la fête se termine, que Darkie retourne dans les profondeurs de ma conscience et que tout le monde s'en aille.
Aussi je n'ai rien compris à ce qui s'est passé ensuite. En y réfléchissant, si, je peux comprendre sa stratégie, mais sur le coup, j'ai été surprise.
Okay, j'ai été agréablement surprise...
Je laissais les invités dans le parc, à grignoter et se lubrifier le gosier au champagne, au whiskey, à la vodka... je rentrais dans la maison, traversait le grand hall et grimpait l'escalier pour rejoindre ma chambre.
Arrivée au premier étage, je bifurquais vers le palier que je longeais pour emprunter l'escalier qui menait au second, quand une main ferme m'a crochée, m'a tirée brutalement en arrière, dans ce renfoncement du mur, à l'abri des regards de toute personne entrant dans la maison. Emportée par l'élan, j'ai fait un demi-tour sur moi-même et me suis retrouvée collée contre ce beau blond aux yeux saphirs. On s'est regardé quelques micro-secondes droit dans les yeux, j'ai pu admirer le saphir dans les siens. Sa main a empoigné mes cheveux pour me renverser en arrière, et ce gredin m'a embrassé d'une manière si culottée que j'en ai eu le souffle coupé. Mais, comme j'avais descendu une margarita une heure auparavant... eh bien j'ai répondu à son baiser, et ce fut un moment très chaud...
Voilà comment j'ai connu mon "second" ami, mais chat échaudé craint l'eau chaude comme l'eau froide. Et si Darkie ne rêvait que de faire l'amour, Lena gardait la tête sur les épaules, bien décidée à ne pas se laisser une nouvelle fois manipuler par un jolicoeur en chaleur.
Par contre, quand j'ai vu la tête que tirait maman très chère en nous voyant tous les deux en train de flirter, j'ai décidé qu'une nouvelle relation me plaisait bien, tout compte fait.
Cette chère Marg était outrée que je puisse draguer ses invités, et le soir même j'eus droit à un sermon de sa part, ce qui cette fois-ci me fit me marrer ostensiblement sous son nez. Elle n'en fut que plus outragée, son autorité mise à mal par une Darkie qui gouvernait le navire Lena depuis le baiser échangé avec F-X... (oui, j'avoue, j'avais bu d'autres tequila sunrise, tout en ensorcelant un beau blond, bien à l'abri dans mon jardin secret (une petite cachette verte "rien qu'à moi", au sol épais et douillet parce que peuplé de mousses, agrémentée d'un banc en fer forgé, derrière un rideau de magnifiques saules pleureurs qui dissimulaient la fontaine aux chevaux. Un petit cocon parfait pour les amoureux, une verte alvéole faite de buissons si sérrés qu'on ne peut voir à travers. Seul notre cher Yann Arthus Bertrand pourrait nous voir... de son hélico).
F-X et moi nous sommes revus souvent, même quand j'ai fait mes valises, quittant le mausolée et le couple maudit pour aller me "cacher" loin de Al qui me harcelait de coups de fils...
La mère de Mie (son pseudo sur le net) est une amie de la famille. Enfin, une ancienne amie de ma mère. Par amitié pour cette chère Marg, elle m’a embauché comme hôtesse d'accueil, dans leur boutique de tissus, mais uniquement pour les grandes vacances. Dieu merci, elle m’a évité de couler à pic et j'ai eu le temps de trier les petites annonces, me cherchant toujours un job d'assistante de direction sans plome.
J'ai trouvé un job potable : secrétaire facturière dans une societé d'optique (décidément, dans la famille, on bossait pour l'optique: mon père avec ses lasers et sa nanotechnologie, moi dans une boite qui vendait des lunettes, des montures et des jumelles aux opticiens...)
J'ai cherché un appart pas trop cher. J'ai trouvé une colocation avec deux autres
personnes, un mec et une nana. C'était une ville du 93, au maire communiste depuis des décénies, ville à la réputation sulfurique dans les médias, mais avec des réels loubards partout, des roms
et des manouches partout, des pochtrons et des bidochons à la pelle, des filles (des ptits beurs, dirait Lu) dépourvues de dignité, avec cet accent pourri d'jeun-rebeu, qui parlaient hyper fort
histoire de bien se faire repérer par les loubards dans la rue, leur langage d'jeun me hérissait le poil, je découvrais l'autre côté de la societé: je n'avais connu que le coté face, brillant,
huppé, fleuri, verdoyant, calme, les belles propriétés, les belles voitures qui coutent un max. Là, je cotoyais des ouvriers, des femmes en foulard, voire tchador, des plumages colorés et
bruyants, (Oui, mr Chirac, odorant aussi, c'est vrai) des familles avec une ribambelle de gosses chouinant à chacun de leur caprice, mais dont les mères laissaient le nez dégoulinant... une
mode peut-être... je n'y connaissais rien à la mode, moi...
Je ne voyais que des épaves roulantes sur les parking, parfois même, elles cramaient, je découvrais les appartements qu'on nommait des H.L.M, avec des pièces minuscules et des présences suspectes
d'insectes rampants, un chauffage datant du siècle dernier, partout je croisais des immigrés, des noirs, des arabes, des indiens, des asiatiques, bref des gens sans fric qui se crevaient au
boulot pour nourrir une famille...
Ca tombait bien, j'étais aussi riche qu'eux.
Mes colocataires étaient cools, plutôt sympas, la fille était douce et n'avait aucun problème de compétition entre nanas, ce qui me convenait parfaitement. Le seul problème (comme d'habitude) c'est que son copain passait son temps à me brancher subrepticement... De temps en temps, même, il me "cherchait" carrément...
Mais je devais faire des efforts incommensurables car; comme tout mec trop sûr de son charme, et surtout, comme tout mec qui a du charme: il insistait chaque fois un peu plus, le bougre, et j'avais de plus en plus de mal à empêcher Darkie de faire surface car cette furie de Darkie ne rêvait que d'une chose: séduire encore et toujours...
Je refusais tout alcool, je ne participais pas aux fêtes, ou alors de loin, bref, je n'étais pas la coloc la plus fétarde qu'ils aient connus. Je me claustrais dans ma chambre (une vieille manie) et hop, je me connectais sur internet: sans danger.
Sur internet, j'arrivais à m'en sortir avec ma super-parade :
– Je seske pas, chui nonne, sorry...
Yeah... j'avais beau me dire nonne, éviter tout sujet tendancieux, risqué, dangereux, j'étais à nouveau seule. Mais soyons sincère avec moi-même, ne nous mentons pas: je pense que si un homme savait ça, si il savait que je le veux pas seulement pour lui-même où son physique, où son intelligence, son charisme où son standing, mais parce que – au fond de moi; je crève de peur de me retrouver seule – je ne pense pas qu'il voudrait de moi...
Reflashback: retour au mausolée... une couche de honte infligée par le dragon, une sous-couche de culpabilité assénée par un père mourant... Puis un manteau de solitude... les trucs les plus fous et les humiliations pleuvaient sur moi comme si j'avais été maudite ou je ne sais quoi... c'était stupéfaction sur stupéfaction, humiliation sur humiliation, les heures et les jours passaient avec une lenteur désespérante, mais les évènements de ma vie privée se précipitaient... car helas, il me restait une mère après la mort de mon père... même si le terme de mère n'est pas approprié dans le cas du dragon ... La solitude m'oppressait, me vrillait l'esprit et le corps, m'obsédait.
Et l'apothéose quand je suis rentrée ce soir là, à la maison, alors que j'étais censée passer le week-end chez mon ami gay... Maman très chère... la douce bigotte toujours mal fagottée, toujours à préparer de bons petits plats à longueur de week-end pour ses invités et la semaine nous regarder manger notre jambon purée sans dire quoi que soit, sans me décrocher un seul regard maternel en vingt quatre heures, toujours à placer un précepte religieux dans ses remontrances, toujours à me rabaisser devant les invités, devant mes amis ou la famille.... ma mère – cette image vivante de l'abnégation, de la sainteté – ma mère avait un amant!
Et ce depuis longtemps... ma mère, qui a juste vingt ans de plus que moi et qui cachait un corps parfait sous ses habits informes, ma mère que – ce soir là – je trouvais habillée avec goût, une féminité et une sensualité qui était l'opposé de ce qu'elle montrait tous les jours à la communauté et du vivant de mon père... ma mère se comportait comme une hôtesse de bar avec son amant !
J'avais été trompée.... jouée, flouée, humiliée encore une fois. Et le pire, c'est qu'elle ne montrait absolument aucun remords, elle avait juste honte d'avoir été prise en flagrant délit... "elle l'avait si bien caché pendant toutes ces années"...
Elle se sentait obligée de se justifier, elle voulait ma bénédiction, elle qui ne m'avait jamais demandé mon avis ne serait-ce qu'une fois pour acheter mes vêtements et mes sous-vêtements... toute mon enfance, toute mon adolescence, d'un coup, il lui fallait absolument mon approbation !
La nuit porte conseil, je décidai donc de partir dès le lendemain, de laisser ces deux là jouer les amants maudits et d'aller chercher un air un peu moins putride que dans cette demeure qui ressemblait de plus en plus à un sepulcre blanchi, aurait dit Shakespeare, ou Jesus; je ne sais plus.
Le karma qui me courait après me rattrapa, avec tous ces soucis, mon rapport pour l'IUT fut oublié, j'ai loupé la date ultime pour le remettre, et j'ai dû faire une croix sur mon diplome, mais à ce moment là, je m'en foutais totalement, je voulais gagner de l'argent, pour être indépendante, pour me libérer de ma mère et de son chèque de fin de mois, je voulais être libre et voler de mes propres ailes...
Darkie est donc remontée à la surface pendant pas mal de temps, et c'est elle qui a repéré le blondinet bronzé... François-Xavier B de la R., ne vous en déplaise: un golden boy bourré de fric, fils d'un super banquier bourré tous les week-end. Mais le fils avait les yeux emplis de saphir et Darkie n'avait pas les siens dans sa poche, à cette soirée offerte généreusement par maman très chère...
Sans tergiverser, Darkie le repéra, en train de la fixer comme s'ils s'attendaient, tous les deux... Qui sait, peut-être que lui, saurait aimer, il n'y avait pas trente six façons de le savoir.
François-Xavier m'attendait, en effet, mais juste parce qu'il voulait oublier une autre femme, une autre blonde... son ex... qu'il semblait avoir eu sérieusement dans la peau. En somme, il pensait qu'une blonde pouvait en effacer une autre... De vierge marie-frigide, j'étais passé au rôle de gomme... est-ce plus valorisant?
Mais bon, je n'allais pas faire la difficile, hein ? Quand on a connu un homme comme Marco, qui t'adule et parle de toi à tous ses copains comme "la femme" avant de t’avoir "aimée", et une fois qu'il t'avait faite sienne, "forniquait avec tant d'autres", dans ton dos parce qu'il te méprisait... un homme qui te trompait effrontément et sans aucun scrupule, quitte à mettre l'une en présence de l'autre, ton amour propre est carrément piétiné, foulé aux pieds, tu te retrouves à penser que c'est ta faute, que tu ne vaux rien et dans ces cas là, il t'est très difficile d'imaginer qu'un homme puisse avoir envie de t'apprécier à nouveau...
Comment François-Xavier faisait-il pour être comme ça avec moi, si patient, si compréhensif ? Comment faisait-il pour me faire autant de bien, pour laisser mon côté Darkie lui pourrir la vie, quand je venais à ses invitations en body et en jeans délavés histoire de voir s'il aurait honte de moi, comment faisait-il pour laisser mon côté Darkie courir derrière ses amis virtuel ? Dan... Shan... Eleth... Neo...
Je ne sais pas, il était plus âgé et plus mature que moi... je pense que c'est ça, et lui aussi avait tiré des leçons de sa vie passée.... de ses expériences propres mais quelle importance, aujourd'hui ?
F-X aimait m'emmener, me "sortir", me " montrer ": comme Marco... il m'invitait au restaurant, chaque fois qu'il avait un dîner d'affaire, il aimait me montrer comme on montre sa dernière conquête, sa dernière voiture,... je n'étais pas dupe de ce petit jeu, au contraire, j'étais très consciente de la façon dont il se servait de moi, je ne suis pas blonde à ce point, et sciemment, je le laissais faire, pour voir jusqu'où il pourrait aller, pour le tester, moi aussi. mais il se foutait que je sois en jeans ou en Balanciaga, souvent, il y venait en pull et pantalon de velours, au grand dam de ses " amies " qui s'épiaient pour savoir qui !! portait deux fois la même robe !!! lol mais j'appréciais que lui et moi fumes au diapason vu qu'il y croisait souvent son ex... Je me disais qu'il avait programmé ces rencontres fortuites de longue date : "Oh Claire, toi ici ? Mince, j'ignorais que tu étais sur Paris ?" uniquement dans le but de la rendre jalouse...
Je jouais le jeu, et j'y parvenais sans beaucoup de mal, vu les sourires-poignard qu'elle lui lançait et les remarques-poison qu'elle m'adressait:
– J'aime bien votre robe, est-ce une Kenzo? "... non, c'est une Marks & Spencer...
Plus tard, quand il me regarda de plus près avec ses mains, il me pressa de ses bonnes intentions, il me chauffait à dessein; chaque fois qu'il me raccompagnait dans sa superbe berline, et comme il butait sur mon refus, et comme il était un gentleman, il m'accompagnait jusqu'à l'appartement que je louais en colocation avec une fille et son budy, abandonnant à regret sa BM neuve sur le parking, dans la cité "chaude" où je vivais momentanément, car il craignait qu'on lui raye la peinture ...
Il me sortait très souvent, dépensant sans compter pour les taxis, les restaurants, les fleurs, il me montrait à ses clients, espérant ainsi obtenir les fonds d'investissement qu'il visait, golden boy dans l'âme avant tout, et me touchant la main discrètement quand j'allais trop loin, quand Darkie agressait les clients avec ses piques ironiques et cyniques, c'était le signe pour moi que je devais me métamorphoser en blonde muette...
F-X me pressait de son désir qu'il ne cachait plus, c'est ma faute parce que je suis incapable de cacher le mien lorsque j'ai bu un verre d'alcool (oui, je sais, je me répète, ça la fout bien pour quelqu'un qui se targue d'écrire...), bien que je sache que ca n'irait jamais plus loin que le flirt... tout en me disant qu'il saurait attendre que je " puisse être à lui " il me jurait qu'il avait trouvé en moi "une fille bien", pas une garce qui lorgnait du côté de son compte en banque mais qui se foutait de savoir si sa montre était une Rollex, parce qu'entre nous, les bourgeois retendus à coups de collagène, les aristos fauchés qui se la pètent et les retapissés-botox de la jet set, je ne me suis jamais sentie de leur monde...
Bref, j'étais de celles qu'il pourrait bien épouser. Cher François-Xavier... Je lui offrais mes sourires, mes regards ensorceleurs mais je ne croyais pas un mot de son baratin enchanteur. (Oui, absolument, j'étais parano à mort, et je le fus sans cesse, dans l'avenir).
Par la suite, il jurait que je le torturais en me refusant à lui, et plus tard, lors d'un dîner en tête à tête où j'avais l'intention de lui dire la vérité sur ma personnalité histrionique... il a reçu un coup de fil qui lui a fait quitter la table : "excuse-moi poussin, c'est un appel urgent" et très vite il m'a plantée là pour courir à l'hopital voir Claire: son "ex" qui venait de se suicider...
Non, ne dites rien ! Je sais ce que vous pensez : c'est de la comédie, ces TS, c'est une mode, un chantage de vilaines gamines capricieuses qui menacent de se tuer dès qu'on ne leur cède pas, des gens mal dans leur peau, mais je vous arrête tout de suite: quand on a envie de se supprimer, on ne raisonne plus normalement, on ne voit plus rien en couleur, on ne pense qu'à son petit "moi" et à sa petite vie de merde, on se dit qu'on est bonne à rien, qu'on ne sert à rien sur cette terre, alors on ne pense qu'à une chose: débarrasser le monde de notre triste petite personne...
Quelques heures plus tard, il m'appelait, se confondant en excuses, pour me demander de bien vouloir lui pardonner sa goujaterie, mais il était trop inquiet pour Claire qui avait failli vraiment se tuer... elle était dans un état critique et il ne parvenait pas à quitter son chevet... De toute évidence, l'appel au secours de son ex avait fonctionné, il était revenu au galop vers elle...
Si ce n'était pas de l'amour... j'ignorais ce que c'était
!
Et d'un coup, la phrase de Al à l'hôpital me revenait en tête: il m'avait dit qu'il valait mieux partir parfois que de rendre l'autre malheureux. J'ai donc laissé François-Xavier partir. Que
pouvais-je faire d'autre ? Aux dernières nouvelles il a épousé son ex et ils sont heureux tous les deux, ils ont fait un bébé d'amour qui est magnifique ! J'ai refusé d'être la marraine parce que
la religion et moi... han, han, sans façon, mais ils m'envoient régulièrement des photos du bébé qui trottine comme un chef.
Alors pour répondre à votre question, docteur : suis-je plus heureuse maintenant? Je ne sais plus trop où j'en suis avec moi-même, tout ce que je sais, c'est que je suis de nouveau seule et qu'il n'y aura pas de "troisième" dans ma vie parce que je compte bien apprendre à rester seule... La passion n'est pas l'amour, le désir, la sensualité, la sexualité ce n'est pas l'amour, rien à voir, mais j'apprendrai à m'en passer... on verra bien de toute façon; on a pas le choix.
Ce n'est pas du tout ce dont j'avais eu l'intention de vous parler; j'avais commencé à vous parler d'adultère... parce que je voulais parler de cet anathème qu'à fait planer sur moi, toute ma vie, maman très chère.... oh mes phrases sont dans n'importe quel sens, je suis gravement fatiguée... Ce doit être la fin de la séance au moins...
Alors, c'est grave Docteur ?
Traces de vous...