Cette chère Marg, qui était une grenouille de bénitier notoire, confite en dévotion du matin au soir, diacre réputée, respectée de toute la congrégation, fidèle qui s’était habillée aussi sexy qu'une Amish toute sa vie d’épouse; cette chère Marg se métamorphosa du jour au lendemain en une Christina Aguillera. (pas par la taille... ma mère a quinze centimètres de plus que la chanteuse). Elle devint un canon et se maquilla, changea sa coupe de cheveux chignon façon bonne soeur pour des cheveux bouclés, (comme ma chère Helena)... retrouvant d’un coup une jeunesse qu’elle avait entérrée sous une mine grave et austère. Elle se mit à faire les magasins comme si c'était une addiction, se confectionnant une garde robe chic (bonjour la facture vu le nom des couturier sur les étiquettes !). Mais cette chère Marg peut se le permettre. N'a-t-elle pas toujours eu une fortune personnelle ?

Je dis ça comme ça parce que moi, de toute ma vie, je n'en ai jamais vu la couleur... de sa fortune. Mais ça m'a apprit à me contenter de peu, c'est plutôt cool pour la non-matérialiste que je suis devenue.

Un soir que je rentrais à l’improviste à la maison pour y prendre mon portable dont j'avais besoin chez Kyle, l'ami gay chez qui je passais le week-end; je me cognais dans un homme nu, body-buildé à outrance; une serviette de bain en guise de pagne autour des reins, qui sortait de la chambre de mon père !

Education oblige, je me suis excusée bêtement, puis je suis restée plantée comme une cruche couleur rouge écrevisse; les mots bloqués dans ma gorge; ce qui a permis à ce type de me reluquer de haut en bas avant de laisser échapper un:

«Wow...»

– Vous êtes qui vous ? l'agressais-je d'un ton polaire.

Le regard graveleux et le mot "wow" avait secoué mon côté sombre, Darkie se pointait à l'horizon.

Pu... de m... ! La Très Sainte Marg, auréole comprise, s’envoyait en l’air avec un inconnu plus jeune qu'elle, dans la maison qui avait vu les funérailles de mon père un mois plus tôt !

Ma très Sainte Mère avait un amant ? Depuis combien de temps ? Si ça se trouvait, elle trompait mon père de son vivant, la garce ! O trahison, ton nom est femme !

J'ai pris cette découverte comme un coup de poing dans l'estomac : bo... de m... ! Cette mégère dépourvue de sentiments m’avait torturée toute ma vie, toute mon enfance, elle m’avait brisée psychologiquement, me rendant à moitié barge! Elle me rabaissait, m'avilissait, me culpabilisait, m'humiliait chaque jour du calendrier depuis mes cinq ans, en me pointant le doigt d'un Dieu cruel et vengeur sur moi, me traitant de vicieuse, de dépravée, de lubrique, d'affamée du sexe et autres choses dégoutantes qu'on ne comprend pas lorsqu'on est une enfant de dix ans; et elle osait ramener un homme dans sa maison et se faire culbuter dans la chambre de mon père ? Forniquer dans le lit paternel ? Mais ca voulait dire quoi ? On dérivait dans l'insupportable à présent !!! Mon père devait se retourner dans sa tombe de stupéfaction de voir ce qu'était en réalité son épouse auréolée.

Une putain de salope !

Je savais ce que ma mère avait en tête, c’était flagrant. En ramenant son amant à la maison, elle me faisait comprendre que j’étais de trop, désormais, et que ma place n’était plus là, que je devais la céder au contraire et que, de toute façon, elle ferait ce qu’elle voulait, comme toujours.

Cette garce jouait avec moi comme le chat avec la souris, elle pleurait, m'expliquait (plus au scorpion qu'à moi en réalité) ô combien sa vie d'épouse avait été comme une prison, un bagne, et elle voulait vivre, être heureuse (amusant hein? la tortionnaire qui se sent emprisonnée...) Elle voulait ma compréhension, et mon approbation ? Non, mais je rêve ! J'hallucine ! Elle veut ma bénédiction aussi peut-être ? Et puis quoi encore, pourquoi pas une estampille NF ?

C’était trop pour moi et je me suis tirée. J'avais besoin d'air, j'étouffais, je voulais oublier, je voulais ne jamais être née, je voulais revenir en arrière ! Toutes ces malédictions s'abattaient sur moi chaque jour, je n'en pouvais plus d'encaisser, encore et toujours ses crasses continuelles !

J’ai maudit ma mère, j’ai maudit ce scorpion musclé qui semblait aux anges d'hériter d'une immense propriété, débarrassée de la fille encombrante... J'ai maudit Al, j'ai maudit le ciel et dans l'instant, j'avoue que je haïssais le monde entier.

 

Après, ce fut la galère et la honte pour moi, bien que j’en aie déjà eu un large échantillon lorsque Marco m’avait virée de chez lui. Je passais un coup de fil à Jo qui malheureusement était à Londres pour un "couple de semaines", mais elle m'invitait à squatter son studio à Paris, ravie de m'avoir comme invitée. "Tu sais où je cache la clé n'est-ce pas?"

Je savais. Et je squattais.

Mais passer mes nuits sur un canapé chez Jo n'était pas la solution, ça allait pour dépanner mais je détestais imposer aux autres ma présence, surtout parce qu'ils ne la souhaitent pas. Si Johanna avait toujours l'âme généreuse, je savais qu'au fond d'elle-même, elle préfèrerait que je sois ailleurs. Et comme elle allait bientôt rentrer de grande bretagne, je ne voulais pas en prime me payer les réflexions désobligeantes de Benedict, son frère qui lui aussi, très souvent m'avait reluquée avec des "wow"... mais qui ne supporterait pas plus ma présence chez sa soeur. 

Ma galère de la rue fut corsée... Chercher chez qui dormir le soir, ravaler sa honte avant de passer un coup de fil, devoir rester toute une journée avec les fringues de la veille, ne pas pouvoir prendre de douche, devoir expliquer, devoir raconter sa vie, devoir écouter leurs réflexions surprises : "Ta mère a un amant ? Tu parles d'un scoop! En voilà une nouvelle!"

Tenir le coup psychologiquement, ne pas oublier les rendez-vous chaque mardi chez mon psy. Comme par hasard, Al n'était plus là pour m'ouvrir la porte...

Respecter la vie privée des potes chez qui je squattais un canapé pour une nuit, jamais plus longtemps : Kyle était en pleine histoire d’amour avec un certain Jerome, je ne pouvais pas débarquer dans leur couple tout neuf... Jay, mon copain, ne répondait jamais au téléphone. Thierry, c'était plutôt risqué vu qu'il n'avait jamais caché que Lena était à son goût... Chaque copain se bousculait pour être l'élu qui pourrait m’héberger, ils insistaient tous, super sympa mais ce sont des hommes et je les connaissais si bien : ils n’avaient qu’une idée en tête: avoir leur chance de me "consoler" lorsque je serai sur le canapé, la nuit, éplorée, insomniaque, les yeux grands ouverts... après m'avoir proposé un verre ou deux ? Merci, mais non merci.

Ne pas somnoler en cours, la journée, rester motivée pour terminer mon rapport sur le stage de fin d’année en entreprise, ne pas mourir de peur dans les rues, le soir, sans bodyguard pour me tenir la main quand j’avais peur du noir, parce qu'Alan était banni de mon agenda tant que je n'aurais pas obtenu des explications plausibles sur ce foutu week-end bad trip...

Alors j’ai squatté quelques nuits chez Johanna, quelques semaines chez Mie, à Paris. Du coup, je savais que je n’aurais pas mon DUT de gestion entreprises car j’avais foiré le compte rendu du stage, la date limite pour le remettre était dépassée... Eh oui, j'avais oublié, ça arrive à tout le monde. J'étais à Paris et je cherchais un job comme assistante de direction sans diplome, comme secrétaire, comme ce qu'ils voudraient mais filez moi un job ! Je devais me trouver un boulot, et vite ! J'avais besoin d'argent ne serait-ce que pour manger... Maman très chère banquait pour mes frais quand j'habitais chez elle, j'avais droit à un chèque pour le mois, mais vu que j'étais partie... le chèque restait certainement dans son chéquier.

Avec mon physique, quite à faire vendeuse dans un magasin, je me faisais une raison. Caissière, vendeuse, je m'en foutais; il n'y a pas de sot métier disait le jardinier de maman très chère.

 

Enfin, quelques semaines après mon départ du mausolée, une lettre d’un bon copain me parvint via un mail de mon ami Kyle. Cette lettre officielle me demandait de passer à l'étude du notaire de feu mon père. Suite à ce que le notaire m’apprit en me lisant le testament, je revins vivre au mausolée familial, affrontant le regard dépité de maman très chère, ignorant avec dédain le regard ravi de l'amant, leur claquant au museau que le notaire venait de me signifier que depuis le décès de mon père, la propriété et tous les biens de mon père m’appartenaient puisque d’après le notaire j’étais la seule héritière.

Mon père, devait la porter dans son coeur, c'était flagrant; pour m'avoir légué cette immense propriété, et toutes ses actions.

Quant au scorpion, le bel amant body-buildé de maman... eh bien, il allait devoir se faire invisible dans la maison, sinon, j'invitais ma mère à lui louer une aile de la maison illico. (Je tremblais comme une feuille en disant ça, mais ma voix - Dieu merci ! - resta ferme) Première victoire sur mon Dragon de mère !

Je me souviens que pour moi, ça avait été une terrible épreuve que de lui (leur) tenir tête... mais j'avais passé cette épreuve haut la main.
Yes!!!!
C'était elle qui m'avait branchée, encore une fois, à propos des déceptions en série qu'elle accusait depuis quelques années... et là, je m'étais encore une fois sentie visée...

Ah quel dommage que sois née maman ! Quel dommage que tu aies oublié ta pilule maman ! Quel dommage que ton karma t'aies joué un si vilain tour maman ! Que ta religion très chère t'interdise de te faire avorter ! sinon tu ne te serais pas gênée pour ôter cet obstacle de ton chemin pavé de lauriers, n'est-ce pas ?

Avant je serais restée muette; les mains sur mes genoux, en larmes, cramoisie, la tête baissée sur mes mains, refusant de voir les dizaines d'yeux des témoins, posés sur moi comme autant de juges.

Je te fais honte maman, je ne suis pas à l'image de tes attentes, de tes espoirs...   à ton idéal de petite grande-bourgeoise ! Toi aussi tu étais la meilleure en classe ? comme ta mère le fut et comme j'aurais dû être si j'avais été ta digne fille ? Je ne correspond pas à ce que tu attendais de moi ? Family heritage, don't you know...

Family heritage ? 

Maman très chère descendrait-elle d'une longue lignée de superbrain ?

Ohhh non loin de la... ma mère était nulle au piano, elle avait été une élève médiocre qui n'avait jamais eu le moindre diplome pour cause de grossesse et de mariage catastrophe (je présume, d'après mes calculs)...  et mon père l'avait épousée parce que ses parents à lui (Granny et Grand-Pa étaient catholiques pratiquants) lui ont un peu forcé la main... mais il ne l'avait jamais aimée et elle avait bien su palier à son manque d'amour puisqu'elle avait un amant. De là à penser qu'il n'était pas le premier sur son carnet de bal... quand on voyait comment son beau-frère la dévorait des yeux...

Je la plains seulement d'avoir dû supporter une fille aussi nulle ! Quelle déception cela a dû être pour elle qui voulait tant "briller en société".

Al n'aimait pas m'entendre parler ainsi, lorsque je venais me réfugier chez lui; il se fâchait à chaque fois :

– Mais bordel de m..., arrête de te dévaloriser tout le temps comme ça, ça m'énerve ! De quelle déception parles-tu ? Du piano ? De la danse ? De la chorale ?

Je riais à travers mes larmes "Le piano, la danse, la chorale, mon caractère, ma personnalité histrionique et tout le reste ! tout le reste... mes études, mes amis, mes choix... lorsque l'on ne termine pas ses études chez les G, on a au moins le bon sens de se marier..."

– Si y a que ça pour la combler, ta mother, je veux bien t'épouser demain ! disait-il, les yeux brillants de convoitise... Je suis un très bon parti.

Uh... okay, Al...

Mais je n'ai jamais rien fait de ce qu'elle attendait de moi...

Un soir, jusque tard dans la nuit, nous avions mis les choses au point, avec cette chère Marg, sur certains points noirs de mon enfance, et d'autres points cardinaux de mon adolescence...

Et quand le Scorpion (son amant) était venu s'immiscer dans notre discussion pour défendre son bien – (ma mère) et ce qu'il croyait bientôt acquérir    (ma maison): c'est là que j'ai sorti mon petit laius sur mon héritage, les droits de succession et l'usufruit de cette très chère Marg... Laius que je tenais du clerc de notaire, (c'est bon quand même d'avoir des véritables copains !)

Depuis...   je parviens à lui parler, à lui tenir tête (les larmes aux yeux peut-être mais... ) à sortir de ma bouche... tout ce que j'ai dans la tête, et tout ca, c'est grâce à un nounours, à une petite Lueur, à un petit bouddha, à un ami paraplégique puis à une Lumiere qui restera éternelle pour moi.

 

Dans la cuisine, ce soir-là, tandis que l'on desservait la salle à manger, elle et moi... je sentais que Darkie me poussait, malgré moi à vider mon sac... Et j'ai cédé sous la pression :

"Quelle déception je suis pour toi, Maman Très Chère ? Je n'ai jamais rien fait de ce que tu attendais de moi..."

Elle m'a regardée, ébahie pendant un sacré bout de temps par mon courage tout neuf, puis elle a dit, raide comme la justice, humiliée, outragée :

"Je n'ai jamais rien attendu de toi. Rien ! Jamais !"

Uhhhhhhh...?

Oh le culot! elle me l'avait jamais encore faite, celle-là, elle retournait toutes mes rancoeurs contre moi, pour que je puisse (encore) culpabiliser !!

J'ai compté jusqu'a dix, le temps de chasser Darkie et ses envies de meurtre et j'ai dit, sans toutefois parvenir à ce que les larmes ne me piquent pas les yeux encore une fois :

"Alors pourquoi j'ai si mal, maman ? Chaque fois que je suis dans l'impossibilité de te satisfaire, de répondre à tes attentes ? A tes exigences ? Chaque fois; ça me fait du mal ! ça fait mal Maman !! "

 Tiens ? Je me trompe ou je vois des larmes briller dans ses yeux ?

"Et peu importe ce que tu attends de moi ou pas: je ne serai jamais plus que ce que je suis...  Et ça, tu ne le vois jamais ! Ce que je suis réellement, tu ne le vois jamais!! Tu ne l'as jamais vu ! "

Je crois que ma voix a – un tout petit peu – vacillé... mais je n'ai pas fondu en larmes comme avant, incapable de dire un mot de plus sans risquer de couiner d'une voix de  Disneymouse...




 

Sitôt qu'Alan a eu vent de mon de retour, il est venu avec des fleurs, me rendre visite, prendre des nouvelles de son Angel, prendre ses mains, lui toucher ses cheveux, ses épaules, voir si elle allait bien, si elle n’avait besoin de rien. J'en frissonnais de dégoût. Il tombait bien celui-là, tiens....

Et je lui demandais d'une voix agressive de m'expliquer pourquoi en août 1995, je n’étais rentrée chez moi que le dimanche soir, lors de ce vendredi (j'appuyais bien sur le mot) mouvementé où j’avais pris de la drogue, après avoir bu de l’alcool, chez Johanna et Ben.

Alan a eu comme un éblouissement, comme si ce que je disais lui semblait incroyable. Puis il s'est approché de moi, m'a fait asseoir et m’a raconté très calmement pourquoi. Je l'ai écouté en gardant mon calme, mais j'ai eu la même réaction que le jour où j'ai retrouvé la date sur le calendrier... je suis restée quelques temps sans voix, les yeux fixés sur lui comme derrière la lunette d'une longue portée.

– Okay, j’ai fait un bad trip à cause de l’ecstasy frelatée et de mon abus de tequila, c'est plausible. Tu m'as sauvée la vie en me plongeant dans la glace, dans ta baignoire, parce que j'étais en plein délire, en pleine crise d'hyperthermie, okay, jusque là, ça se tient... mais quoi, ça ne m’a pas pris 48 heures pour redescendre quand même ? Alors explique-moi pourquoi tu m’as gardée deux jours chez toi ?

Le grand ( le colossal ) Alan baissa la tête vers moi, les sourcils froncés, le regard plein de reproches:

"Lena tu étais droguée jusqu'aux yeux, l’ecstasy c’était le haut de l’iceberg, ces quatre connards en Samson t'avaient certainement mis du G.H.B dans ta margarita en plus de la merde que tu avais gobée ! Réfléchis deux secondes, bordel, je ne pouvais franchement pas te ramener chez toi droguée jusqu’aux yeux, en plein délire, en plein bad trip ! J’aurais dû te ramener chez toi ? Lena ? J'aurais dû ? Et j’aurais dit quoi à ta p... de mère ? Il me semble que l’épisode de la fenêtre est assez éloquent pour que tu comprennes que tu étais barrée dans un truc gravissime ! J’ai rien dit aux urgences, je pouvais pas raconter que tu étais en train de tripper quand tu as sauté par la fenêtre: ton paternel était à mes côtés !"

Je n’en démordais pas et posais la question clairement :

– Ce n'est pas ce que je te demande, Al... Je veux savoir si tu en as profité ?  Est-ce que tu as abusé de moi pendant que j’étais sous l'emprise de la drogue ?

Je t’ai vu pâlir et serrer les mâchoires, comme quand tu vas démolir un type qui te manque de respect :

"Ca veut dire quoi ces insinuations malsaines mademoiselle G. ? Tu penses que j’aurais pu abuser de toi ? Tu penses vraiment les conneries que tu racontes ?" 

– Réponds moi oui ou non, c'est tout ce que je veux savoir.

Tu as cogné dans le mur (y faisant un cratère) et tu es parti en lâchant une bordée de jurons. Tu avais l’air fumasse mais ça pouvait tout aussi bien être un paravent derrière lequel tu te planquais pour protéger tes exactions.

Pendant près de six mois, tu as refusé obstinément de me répondre. Tu restais même éloigné de moi, limite tu m'évitais. Un soir où nous étions tous chez moi, à boire et à déconner, à mettre la musique fort pour redonner un peu de vie au mausolée, les copains et moi, profitant de l'absence du Dragon partie sur la Costa Del Sol avec son Scorpion; je t'avais vu t'incruster dans la fête, tu avais ton air des mauvais jours et en prévision, j’avais pris un verre d'avance, histoire de t'affronter sans trembler, sans chevroter, je cherchais le courage de lancer l’hallali contre un éventuel violeur de papillon vierge. Tu m'as saluée et je t’ai rabroué, j'ai reposé la même question trois fois de suite, en haussant bien le ton à chaque fois pour que tout le monde tende l'oreille à ma colère et puisse t'entendre nier autant de fois:

A la troisième fois, tu as craqué, tu étais blême de rage :

– Oui, bordel ! On a fait l’amour, mais c’est toi qui voulait, Lena !! Tu m'a couru après dans toute la maison, voilà, t'es contente ? T'es satisfaite, tout le monde le sait maintenant !!!

J’en restais comme deux ronds de flan, devant son culot, les copains aussi, tout le monde s’était figé, le verre à la main. Lena et Alan ? Non, il rigolait là, le sumo...

"C’est moi qui voulait ? Mais tu te fous de moi ? J’ai jamais voulu sortir avec toi depuis qu'on se connait et d’un coup, c’est moi qui voulait faire l’amour ? Mais tu ne recules devant rien pour t'en sortir ? Comment as-tu pu me faire une chose pareille alors que j'étais à ta merci, espèce de salaud ?  Comment peux-tu dire que tu es mon ami et venir chez moi après ce que tu m'as fait ? Comment tu peux te regarder chaque matin dans le miroir ?

Je craquais, plus flageollante qu'une gelée tiède, aveuglée par la haine qui montait en moi :

"Je te croyais mon ami !"

Tu réussissais très bien à avoir l’air outragé quand la situation l'exigeait, mais moi j’avais la haine ! Ta voix monta d'un ton, tu étais en colère à ton tour. En colère et humilié... ton honneur bafoué par une blonde écervelée. Tes yeux avaient rétréci, signe que tu étais proche du pétage de cable...

– Oui mademoiselle G., je suis ton ami, au point que je t’ai sauvé la mise et pas qu’une fois ! Tes parents n’ont jamais rien su de tes monumentales conneries malgré qu’ils m’aient assaillis de questions quand je t’ai ramenée chez toi, et si j’avais laissé ces quatre mecs t’embarquer dans leur caisse, tu aurais trinqué grave, crois-moi, ils t'auraient niquée à tour de rôle, et pas qu'une fois, et de tous les côtés ! Alors ne t’en prends pas à moi, sous pretexte que ta mémoire est pire qu’un gruyère parce que moi je sais parfaitement ce qu’il s’est passé, je ne touche pas à cette merde !

Il me tourna le dos en jurant, il avait des envies de tout casser mais je n'en démordais pas, pour moi il était coupable, et je ne voulais rien savoir d'autre:

"Logique, tu m'as sauvé la mise donc tu pouvais te permettre d’abuser un peu de moi. Tu trouvais normal de te rembourser en nature ? Et je présume que tu m’as trouvée bonne et que tout internet a vu les videos au moment où tu m'as violée ?"

Il a esquissé un geste d'humeur vers moi, son visage était déformé par la rage, et au moment où j'ai vu qu'il allait me frapper, ça m'a déclenché un coup de tonnerre dans tout le corps, l'électricité m'avait carrément traversée. Al avait des envies de meurtre dans le regard mais il se maitrisait encore assez pour ne pas continuer son geste :

– Je sens que tu vas devenir franchement odieuse alors je vais m’en aller, tâche de conserver le peu de dignité qu’il te reste, Lena.

"Tu y connais quelque chose en dignité espèce de salaud! Oui, c'est ça, fuis! Sauve-toi donc ! Ca t’évitera de te regarder en face!!"

Je l’ai poursuivi en vociférant, jusqu'à la porte de la maison, jusqu’à sa Toyota et lorsque sa voiture passait la grille, je hurlais encore que je ne voulais plus jamais le revoir !

Les copains en sont restés muet tellement ils étaient sur le cul d'apprendre que leur pote m'avait violée ! Là, je reconnais, j'étais en pleine représentation, et oui, j'attirais l'attention sur moi de toute la force de mon hystérie. Mais si j'avais eu plus de courage et cent kilos de plus, je l'aurais planté, je lui aurais réglé son compte, à ce violeur de deux mètres.

Mes copains se relayèrent pour me calmer, pour surveiller mon côté suicidaire, mais moi je savais seulement que j’avais gâché deux ans de ma vie avec un salaud de macho obsédé par un hymen, parce que je me croyais vierge et que je ne l’étais plus. J’avais culpabilisé depuis 1995, persuadée que j’étais une immonde fornicatrice incestueuse alors que mon pauvre Nicky n'y était pour rien, Nicky était et resterait pour toujours mon Ange de Lumière. Le coupable c'était un immonde salaud, un sumo baraqué comme un rugbyman de Samoa, une ordure de cent cinquante kilos qui m’avait violée, totalement droguée, totalement impuissante et peut-être même consentante, qui sait ce que les quatre mecs avaient pu me faire avaler comme saloperie dans ma tequila, en plus de leur smiley de L.S.D ? voilà pourquoi le mélange m’avait fait exploser le thermomètre intérieur, voilà pourquoi j'avais failli crever, voilà pourquoi j'avais passé quatre mois en hôpital psychiatrique... Al m'avait mise au tapis pour le compte après m'avoir sauvé la vie ! Il avait ruiné mes chances de faire un beau mariage, d'être estimée, respectée par mon époux. Jamais personne de sensé, dans notre "monde" ne voudrait encore faire commerce avec une fille qui n'était plus vierge... (Syndrome Dragon...) 

Je suis allée voir le père d'Alan; qui est avant tout mon analyste, mon psychiatre, et je lui ai tout raconté. Absolument tout. Je voulais qu’il le fasse payer, qu’il lui en fasse baver. Je savais qu’il en serait capable, n’était-il pas de la même congrégation que maman très chère ?

A force de penser, de me torturer l’esprit, de me mettre les neurones à contribution, j’en étais venue à mettre cette version là en premier dans la case "défense d’une vierge contre un macho italien"  Ce viol expliquait tout, la réaction de Marco lorqu’il s’était aperçu que je n’étais pas vierge ! Je comprenais tout maintenant ! Pourquoi il m’avait traitée comme la dernière des p..., pourquoi il ne m’avait plus jamais manifesté de respect comme il m’en montrait  "avant" notre première nuit ensemble.

L’inceste était relégué aux inventions de ma mémoire, il se diluait dans l'acide corrosif de mes pensées sulfuriques. Seul comptait ce viol immonde de la part de mon meilleur ami Alan. J'y croyais tellement que j'ai cru bon d'envoyer une lettre à Marco, rien que pour être "innocentée"... pour laver mon honneur sali par un italien catholique, pervers narcissique qui au fond, ne valait pas mieux qu'Alan...

Deux violeurs, deux vils violeurs...

Ma mère n’a jamais voulu croire un seul mot de ce que je lui ai relaté brièvement, au sujet d'Alan. Elle levait les yeux au plafond, prévenue par les médecins que sa fille hystérique, en plus d’être nymphomane, pourrait être une mythomane patentée, elle me disait "Aie pitié de moi, ma chérie, épargne-moi tes délires d'hystérique! Tu fais encore une crise, c’est tout"

Ah oui, j’ai oublié de vous dire que ma mère m’a toujours appellée "ma chérie" où "ma chère", même lorsqu’elle me giflait, où me traitait de "succube"... Elle pourrait me regarder crever, ensanglantée, et me dire : "Ma chérie, tu vas cochonner mes beaux tapis d’orient en te vidant de ton sang!"

Mon psychiatre, lui m’a crue, et m’a fait comprendre qu’il était content que je sois venue lui en parler, car il soupçonnait depuis fort longtemps son fils de lui voler des substances dangereuses dans son cabinet de travail, comme du Rohipnol, des amphétamines, des benzodiazépines, pour les revendre à des individus peu scrupuleux. Grâce à mon témoignage: "Je crois que votre fils m’a fait prendre quelque chose qui m’a rendue bizarre, comme une drogue qui m'a livré à lui pieds et poings liés... sinon il ne serait jamais parvenu à ses fins avec moi; je n'ai jamais voulu sortir avec lui"; mon psychiatre pouvait régler définitivement ses comptes avec son sumo de fils.

Et moi, de savoir ça, je me sentais innocente, victime vengée. J'avais besoin de cette vengeance, j'avais trop souffert, j'avais perdu deux ans de ma vie avec Marco. J'avais perdu ma virginité, ce trésor, à cause d'Alan !

Mon psychiatre a convoqué son colosse de fils, il lui a fait un chèque, d'une somme pas possible, énormément d’argent:
"Ta part d'héritage".
Et il l’a banni, tout comme mon père avait banni Nicky, lui interdisant de remettre les pieds dans la demeure familiale, interdisant à sa femme de chercher à revoir leur fils. J’avais de la peine pour sa mère, mais Alan le méritait mille fois, il n'avait qu'à y réfléchir avant...

 

D'ange-gardien, Alan devint mon pire ennemi et les copains qui n'étaient pas venus à la fête la dernière fois jasaient, me regardaient de travers, se posaient des questions sur mon comportement irrascible, violent; Kyle et Jay (pas son chewi, l'autre Jerome) sont venus me trouver afin de faire la lumière sur Darkie qui avait pris la relève à plein temps, cet air de tueuse que j'affichais du matin au soir, cet air hautain que je tirais depuis le mois de juin. Je leur ai tout dit, tout, et le soir même tout le quartier savait qu'un immonde salaud, un sumotori en Samson, avait abusé sexuellement d'un papillon aux ailes brisées.

Aussitôt, Alan fut mis à l’index, devenu persona non grata dans le quartier.

Plus personne ne lui adressa la parole, ses copines étaient dégoutées, même Kyle et Jérome ne voulaient plus le voir et lorsqu'il a fourré ses valises dans son coffre, avant de monter dans sa superbe toyota; tout le monde l’a hué.

Alan s'est tourné vers les sifflements, il m'a aperçue au loin, à moitié dissimulée par deux gays affligés, déconfits,  tristes et déçus par la conduite de leur super-grand-copain. Alan m'a juré sur la tête de Nicky qu'il se vengerait et qu'il me le ferait payer très, très cher.

Et il a tenu parole.

 

Par H.G - Publié dans : AUTOBIOGRAPHIE - Communauté : A CATERPILLAR BECOME BUTTERFLY - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
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  • : L'autobiographie et le journal en rime d'une petite chenille tourmentée, devenue un joli papillon ayant deux ailes de flamme et une plume d'Ange...
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  • : Petite Flamme
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  • : Petite Flamme était poète et ésotériste. La maladie l'emporta trop jeune mais elle nous laisse son journal et son autobiographie.
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