Little caterpillar's diary
Seize ans depuis un mois à peine; et, en ce 15 Décembre 1994, je venais d'enterrer mon frère Nicky, dix-huit ans, mon double, mon Ange de Lumière... J'ai perdu l'appétit, j'ai perdu le sommeil, j'ai perdu l'envie de vivre. Je restais enfermée dans ma chambre, à regarder le parc, les arbres, à laisser mes larmes couler, j'avais une boule dans la gorge, une enclume sur le coeur, la même que j'avais ressentie lorsque j'avais du quitter Granny... Et comme dans mon enfance, la vie ne m’était plus rien, je me retrouvais seule, horriblement seule, je n'en pouvais plus d'être seule, je n'aimais pas être seule, trop de mauvais souvenirs qui remontaient me hanter, trop peur du noir, trop peur de tout, je détestais être seule, j'avais peur... toute seule dans cette immense maison qui craquait de partout la nuit... pas glop pas glop. La douleur était atroce, insupportable et naturellement, maman très chère était sur mon dos toute la sainte journée, à me dire et me répéter que je jouais encore la comédie, que mon mal-être n'était encore qu'une stupide stratégie que je trouvais pour manquer les cours...
Je me laissais aller, je me négligeais, je ne me nourrissais plus, je ne faisais plus rien. Al en était malade. Sa maman venait me visiter, très souvent, elle tentait de persuader un certain dragon que je devais consulter de toute urgence un psy...
Mais comme je jouais la comédie, elle fit comprendre à la mère de Al qu'elle n'avais pas besoin de conseil sur la manière d'élever sa... uh... Helena. La maman d'Alan comprit la leçon, et plus jamais elle ne donna de conseil au Dragon...
Je devais donc obéir et me lever, me laver, m'habiller, ranger ma chambre, retourner en cours... Okay. J'ai commencé à faire des incursions dans le bar de maman très chère, je me servais un whiskey pour me "donner du courage"... plus tard, je m'en versais deux doses, et au bout de quelques mois je me foutais de tout. Pour moi le seul moyen d'oublier ma vie merdique était de boire un verre ou deux pour faire fuir mes pensées goudron, pour noyer mes neurones, les empêcher de se connecter entre eux, et de m'éclater en musique, très fort la musique, pour m'empêcher de penser. Ne plus penser. Ne plus respirer...
Ca ne marchait pas, alors j'essayais autre chose, j'étais de toutes les parties,
fêtes, teufs, soirées en club, en boites... L'entrée pour les filles est toujours gratuite et chaque mec voulait me payer un verre. Facile de boire, d'être ivre, de passer le temps de cette
façon...
J'ouvre ici une parenthèse: quand je parle d'être ivre, il faut comprendre: boire un verre d'alcool. Deux maxi... Pour tout un chacun, c'est rien, un verre. Tout le monde boit son apéritif tranquille, plus sa bière, son digestif, son verre de vin ou de cognac, tout le monde sirote son whiskey ou son scotch devant la T.V. en se disant qu'il ne deviendra jamais alcoolique, qu'il ne sera jamais un danger pour la societé au volant.
Mais pour moi; une seule dose d'alcool "ouvrait la porte" à ma personnalité histrionique, et naturellement, quand j'avais deux verres de tequila sunrise dans le nez, ça agissait à fond et la vilaine Darkie montrait le bout du sien, partait en chasse, armée de son arc et ses flèches qui faisaient mouche à chaque décoche... sur les gars...
Alan, de copain, avait pris le rôle d' Ange-Gardien, il veillait sur moi, sur les ailes brisées de son papillon volage... car l'alcool me faisait littéralement m'envoler... et en août 1995, lors d'une super-chaude nuit d'été, j'allais à cette soirée chez mes amis british: Jo et son frère Benedict, avec l'idée programmée de bien me mettre la tête à l'envers.
J'avais embarqué de l'argent parce que j'avais décidé que j'allais m'acheter de l'ecstasy et personne ne m'en empêcherait. En effet, personne n'est parvenu à m'en empêcher, même pas Al qui me collait de près, les yeux comme un canon de 155 sur tout mec qui osait tenter une approche vers son "Angel"... Il avait remarqué mon air de conspiratrice et ça ne lui plaisait pas du tout, il me tançait vertement depuis cinq minutes et il me saoulait, mon sumodyguard. Il a fallu que je l'envoie sur les roses pour avoir la paix. Et dans ce petit laps de temps, j'ai gobé mon ecstasy achetée juste deux minutes avant à un type de mon lycée, je l'ai faite passer avec un grand verre de coca et plus tard, j'ai bu cul sec une margarita que des mecs en costard-cravate m'offraient, car j'avais super chaud... et je suis retournée danser, j'étais prête pour le trip.
Et là, ça s’est plutôt très mal passé... L'unique cachet d'ecstasy que j'avais acheté et avalé était sans doute frelaté m'a expliqué Alan, plus tard, car j'ai failli crever à deux reprises en deux jours. La première, lors d'une crise d'hyperthermie, la seconde, je me suis jetée par la fenêtre de ma chambre, inconsciemment bien-sûr, j'avais oublié que ma chambre était au second étage de la maison, et donc, je me réveillais à l'hôpital en vrac, la jambe et le poignet fracturés et l'esprit vacant... Enfin, je dis réveillais... Ca, c'est Al qui me l'a relaté plus tard...
Ce que j'ignorais, c'est qu'on avait retrouvé des traces de L.S.D dans mon sang, ainsi que des traces de dépresseur (j'ai su par la suite que c'était Al qui m'avait fait avaler du valium lors de mon bad trip pour contrebalancer les effets des bouffées délirantes.)
O_O !
Mon père, en écoutant le médecin lui énumérer ça; en a déduit que je marchais dignement sur les traces de mon frère et il m'a carrément méprisée depuis ce jour. Ma mère était ravie de clamer à mon père qu'elle avait vu juste et que je répondais à toutes ses prédictions : je finirai bel et bien pocharde, droguée, prostituée, et dans le caniveau...
Le Bad Trip a duré plus de six mois – par intermittence – mais je n’en ai gardé aucun souvenir parce que j'ai passé ces mois-là dans un centre psychiatrique, avec la bénédiction de maman très chère.
Devant l'ampleur des dégâts, un de nos voisins de la même congrégation que ma mère, qui, comme par hasard était psychiatre, avait proposé à mes parents de commencer avec moi une analyse poussée, dès ma sortie de l'hôpital, qui ne saurait tarder... Mon père s'est empressé d'accepter, il se perdait en conjectures avec moi. Ma mère, comme à son habitude, clama que c'était de l'argent gaspillé inutilement car tout chez moi n'était que "comédie"... Encore un symptôme de ma personnalité histrionique docteur ? " Miss Lena G. n'est-elle pas en perpétuelle représentation ?""Tout ce qu'elle fait n'est-il pas destiné à attirer l'attention sur elle?"
Voilà comment j’ai passé tous mes mardi après-midi chez le psychiatre.
Qui était également le père d'Alan...
Mais qui donc est cet Alan ?
Alan était l’un des meilleurs amis de mon frère Nicky, un gros nounours (colossal le nounours) né à Pago Pago (îles Samoa), ses potes l’avaient surnommé "Sumo", sans chercher à savoir si ça l’humiliait ou non je crois, et moi, la gourde blonde, j’avais pris le même pli, ça ne m’était jamais venu à l’esprit qu’il puisse en souffrir. En fait c’était plutôt un nounours colossalement grand, vu qu’il faisait pas moins d’un mètre quatre-vingt-quinze pour une bonne cent cinquantaine de kilos bien tassés.
Je connaissais Al depuis que j’avais dix ans, et je l’adorais, il était l’un des rares à être vraiment gentil avec moi, il m’aimait vraiment, pour ce que j’étais, pas juste pour faire plaisir à mon frère ; ou dans l’espoir qu’un jour il pourrait me "sauter".
Nous avions grandis jamais très loin l'un de l'autre et moi j’avais grandi bien plus vite que les garçons car à treize ans, j’étais déjà une femme, je veux dire que j’avais le physique d’une femme, ce qui permettait au Dragon de clamer qu’elle avait vu juste et que j’allais finir putain, engrossée par le premier venu, sous la coupe d'un proxénète, que jamais elle n’accepterait de bâtard dans sa maison...
Pour moi, Al était comme un frère, et comme il disait que j'étais son "Ange", il jouait les Anges-Gardiens avec moi: il me rendait service sur service, à tel point qu’à la longue, égoïste de quize ans que j'étais; j’oubliais qu’il n’était pas à mes ordres et je l’appelais dès que j’avais besoin d’un larbin... Lui il rappliquait, super trop heureux d’être à mes côtés. Dans ma jeunesse je ne m’étais jamais aperçue qu’il avait des sentiments amoureux pour moi, j’étais bien trop jeune pour connaître et repérer ces choses là ! Je passais mon temps dans mon monde imaginaire, au milieu des elfes, des fées, des anges, où à écrire des poèmes et des histoires fantastiques !
A la mort de Nicky, Al m’avait aidé du mieux qu’il avait pu, il ne m’avait pas quitté d’un pouce, il veillait sur moi, il me surveillait carrément, vu que j’avais tendance à flipper comme une malade dès que j'étais dans le noir quand j'étais seule à la maison, sans compter que j'avais légèrement commencé à m’anesthésier à l’alcool pour perdre la mémoire...
Ce qui fait que lors de cette fameuse soirée chez Jo et son frère Benedict, soirée qui avait tourné au cauchemar, c’est encore Al qui m’avait sauvée des pattes crochues de quatre fils à papa en Gucci, armés de toute une cargaison de drogues comme des buvards de L.S.D., de l'easy lay (G.H.B.) ou du rohipnol, certainement... Naturellement, les quatre ours avaient repéré bloucle d'or qui semblait bien partie pour se mettre la tête à l'envers et il l'avaient entreprise en lui offrant un verre d'alcool où ils avaient pu glisser tout et n'importe quoi...
Dieu merci, mon bodyguard colossal veillait sur moi, encore et toujours. C’était d'ailleurs le dernier souvenir que j'avais en mémoire, à propos de cette soirée chez Jo: Al qui me giflait à la volée, grognant que je n’étais vraiment pas sortable...
Nous étions donc au début du mois d’août 1995, mon frère était mort depuis six mois. J’étais en train de danser à cette soirée chez mes amis, sous le regard noir d’Alan et l’instant d’après je me réveillais dans un hôpital psychiatrique... et nous étions en décembre...
Traces de vous...