Little caterpillar's diary
Mercredi 11 avril 2001
Il avait pris la touchante habitude, ces derniers soirs
De venir fouiner dans ma chambre, comme ca, pour voir…
J’entendais arriver son pas saccadé, feutré, sur le parquet
Il entrait en lançant avec une joie forcée "Alors, que fais-tu ?"
Il feuilletait mes livres, me demandant si untel m’avait plu
Il déplaçait mes objets, les regardait comme s’il me découvrait
Et je pensais au petit père Hugo enfantant Pauca Mae.
Les larmes brûlantes montaient à mes yeux, contre mon gré
Ces derniers temps, il devenait intuitif car d’un mouvement
Plus étonné que soupçonneux, il tournait la tête au moment
Où j’essuyais mes larmes. Il se penchait sur mon épaule,
Lisant sur l’écran, ma conversation plutôt privée
Les mots doux que distillait mon ami Nike-Ole
"De qui se moque-t-on ?" grommelait-il, sourcils froncés.
Il parvenait à me faire rire, avec son air bougon
Et je chassais l’angoisse dans mes yeux, sous un frisson…
Je ne saurais expliquer pourquoi j’ai eu la prescience
De tendre la main vers lui, cet homme de science
Qui n’avait jamais su très bien y faire
Avec sa femme et ses enfants, toute sa vie ;
Plus préoccupé par ses satanés lasers
Et sa maudite nanotechnologie…
Peut-être parce qu’hier, dans l’entrebâillement de la porte,
Il est resté là, sans bouger. Il n’a pas voulu entrer.
Mon cœur cognait: pourquoi me dévisageait-il de la sorte ?
Je me levais pour aller vers lui, voulant l’embrasser
Lorsqu’il m’a demandé de le pardonner
Pour son manque de "Savoir Aimer"…
Son indifférence envers ses deux femmes
Pour la flagrante ignorance de sa Petite Flamme…
Qui, du ciel et des anges a tant souhaité lui parler.
Un frisson glacé, soudain, m’a grignoté le dos
Riant aux éclats pour ne pas éclater en sanglots,
Sur l’étagère, l’appareil photo j’ai raflé…
En disant : Ne bouge pas, souris, attention !
Clic ! Je venais d’avoir la subite intuition
Qu’il allait bientôt nous quitter…
Intuition ?
Prémonition ?
Dans la nuit il s’en est allé…
Traces de vous...