Little caterpillar's diary
Aout
1995
Je suis l'ombre de cet ange qui s'est enfui
Je n'ai plus d'autre envie que de le revoir
Que m'importe que le jour se change en soir?
L'ange aux ailes brisées ne vit bien que la nuit
Je voudrais tant revenir en arrière,
Trouver le chemin me conduisant
Vers toi, une dernière fois, mon frère,
Cette moitié de moi qui me manque tant,
Qui de là-haut me regarde la nuit,
Quand les anges du ciel descendent
Lentement, vers la Terre endormie;
Mes bras, mes pensées vers toi se tendent…
J'ai l'ai peut-être enfin trouvé, ce soir
Ce moyen peu orthodoxe de t'entrevoir
Il ne faut, pour cela qu'un peu d'argent
"Have a drink and relax" tout simplement !
– Serais-tu subitement devenue folle?
Me sermonne Alan, le précieux ami
Celui qui de Lena vénère l'auréole
Mais bute chaque fois sur l'interdit...
Elle n'a jamais voulu de son amour
Elle préfère leur amitié sincère
Fuit ses étreintes depuis toujours
Moitié glaçon, moitié traine-misère
"Je sais ce que je fais, Al, n'aie pas peur !
– Tu ne sais rien, tu empestes l'ignorance!
"Tu es un amour mais je suis majeure
Laisse moi partir tranquille pour la transe... "
Dans ma main fermée je cache un secret
Un petit cachet blanc qu'un peu de coca
Fait descendre pour m'emporter au sommet
Retrouver mon frère tant aimé, dans l'au-delà...
Je n'aime pas du tout croiser le regard noir
De mon copain Alan qui ne comprend rien
A ma recherche, à mon existence illusoire
Sans ma vie, mon ange lumineux; ce soutien!
Il me fatigue ! Je retourne danser
Mon coeur bat la chamade soudain...
Est-ce de savoir que je vais retourner
Vers mon passé, qu'il me tendra la main?
Et nous pourrons partir dans l'azur,
Deux anges que jamais rien ne lasse...
Mon coeur va exploser ; ça c'est sûr
Devant moi, je vois grandir l'espace
Il se dilue, ondoie et c'est trop drôle
Tous ces clubers à mine triste et sage
Qui passent sans me voir et me frôlent
Serais-je la seule ce soir à être volage?
Mon coeur bat bien trop vite, je n'aime pas
Avoir les mains moites, avoir trop chaud
"J'ai besoin d'un verre... une margarita!!"
– Viens t'asseoir, rugit Alan, c'en est trop !
Je le repousse gentiment en explosant de rire
S'il aime bien jouer le rôle de ma nourrice
Il est mignon, mais ce soir, le pauvre il délire
J’aimerais qu’il me lâche un peu, l'Elvis !
Enfin, il s'en va et voilà mon verre qui arrive
Quel bien fou ça me fait d'apaiser le feu
Qui dessèche ma bouche, pique mes yeux
J'ai l'impression d'avoir traversé la rive
A la nage, j'ai besoin d'air, j'ai trop chaud
Et soudain, ô bonheur, j'entends dans mon dos
La voix tant aimée, tant attendue, c'est lui!!!
Mon coeur rate un battement et s'enfuit
Je vacille en me retournant d'un seul coup
Des bras charitables viennent à mon secours
Me disant en riant que je ne tiens plus debout
Mais il est là, en chair et en os, mon amour
Mon frère adoré que j'ai cherché partout
Il est revenu et il ne me quittera plus jamais
Plus personne n'existe, il n'y a plus que nous
Il me prend dans ses bras, me porte aux sommets
Je pleure de joie: "C'est toi!! tu es venu me chercher?"
– Oui, pour te chérir, sentir tes lèvres sur mes lèvres
Viens, quittons ces tristes voyeurs, suis-moi bébé
Je suis si heureuse! je vole derrière lui, j'ai la fièvre
D'être de nouveau l'ombre de l'Ange de Lumière
Qui m'entraîne; mais j'ai l'impression qu'on nous suit
"Qui sont ces gens derriere nous?" je m'enquiers
– Ne fais pas attention, ce sont juste des amis.
Je ne fais pas attention ; je me moque de tout
Si ce sont ses amis, ce sont les miens aussi…
Je ne peux cesser de sourire, mon coeur est fou
Il bat une rumba endiablée mais, dans la nuit
Une ombre vient casser l'ambiance, nous tracasser
C'est encore Alan, toujours à mes ailes accroché
Je grince des dents tant j'ai les mâchoires crispées
Qu'est-ce qui le pousse à vouloir gâcher ma soirée?
Il me tire par le bras d'une brusque secousse,
Se met devant moi, je ne vois plus rien du tout
J'entends mon frère m'appeler, et je le repousse
Mais il me gifle à la volée, je ne tiens plus debout
Et je vais me cogner la tête contre la voiture
Pourquoi mon frère ne fait-il rien pour m'aider ?
Pourquoi me laisse-il aux mains de cette ordure
Qui fait sa loi, régente ma vie, contre mon gré ?
"T'es vraiment pas sortable" soupire Al, excédé
C'est le dernier souvenir nébuleux que j'ai de lui
J'étais dans un hôpital quand je me suis réveillée
Je ne sais plus rien depuis, dans ma tête c'est la nuit.
Traces de vous...