Little caterpillar's diary
15 décembre 1994
A peine seize ans, découvrir le deuil et la solitude…
Tu vois, je reste debout, mais ma vie se fait rude.
Si au moins je pouvais comme Mère, pleurer !
Mon cœur, fardeau d’airain, battrait plus léger…
Mais aujourd’hui, je souffre pour toi O Père !
Toi le père qui ne souffre pas pour son enfant
Ta rigueur de scientifique amidonné m’exaspère
Pourquoi l’avoir banni, toi qui l’aimais tant ?
Il était pourtant le fruit béni de vos amours !
Moi, ce n’est pas pareil, je suis née par accident.
Pour toi, il était la lumière, prodige de tes jours !
Moi, pâle souvenir d’un malheureux contretemps…
En lui, je le sais, tu avais mis tous tes espoirs
Ce premier-né, ce bébé mâle qui te rentrait le soir
De bonne heure, les yeux rieurs, pour le bercer
Le forger à ton idéal (ton image)… Ton préféré…
Maintenant il n’est plus, et comme moi je ne suis pas,
Où c’était il y a longtemps, qui s’en souvient papa...
Ton ange préféré s’est envolé pour fuir sa souffrance
Il te reste encore un ange mais…. Quelle importance
Tu ne m’as jamais vue et tu ne me verras jamais
Quand je quitterai le nid, personne n’aura de regret
Je n’aurais qu’à faire à mon tour, un petit ange à moi
Et tâcher de l’aimer mieux que tu ne sus le faire, toi…
Alors, forcément, l’habitude… j’habite au cimetière
Je passe mes journées sur sa tombe aujourd’hui…
J’ai perdu mon âme puisque j’ai perdu mon frère
Pourquoi suis-je en vie ? pourquoi moi et pas lui ?
J’étais jalouse, envieuse, O très souvent je l’ai détesté !
On lui donnait l’amour qu’à moi toujours, on refusait.
Il avait tout ce qu’un garçon pouvait jamais désirer
J’avais des miettes, mais son Amour, moi, je l’avais !!
Si la mort s’est faite overdose, en ce tragique matin
Je sais aujourd’hui que c’était un signe du Destin…
Le jour où je l’ai maudit, vois-tu, le ciel m’a entendue
J’ai déjà commencé à payer: je suis une âme perdue.
Traces de vous...